Être à la hauteur de la Normandie

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Assemblée Plénière de la Région Normandie

15 décembre 2016

Monsieur le Président,

Je voudrais commencer en saluant Monsieur le Maire et Président de l’agglomération havraise Édouard PHILIPPE, soulignant le plaisir que nous avons de nous réunir aujourd’hui dans ces locaux magnifiques qui viennent à peine d’être inaugurés et qui nous offrent une vue magnifique de la Porte Océane.

Monsieur le Président, comme à chaque fois nous avons écouté avec beaucoup d’attention votre propos liminaire et, par un effet presque comique de répétition, nous avons entendu un numéro d’autosatisfaction. Tout ce qui était fait avant était nul, tout ce qui est fait maintenant est formidable. Pardonnez-moi de vous le dire, mais peut-être pourrait-on ajouter un peu de nuance à nos débats, d’autant plus que nous sommes ici au Havre, sur un territoire qui a été l’objet d’investissements massifs des précédentes majorités.

Vous avez parlé d’immobilisme et de clientélisme. Je ne sache pas que le territoire havrais soit gouverné par une majorité de gauche. Or, ce bâtiment dans lequel nous siégeons aujourd’hui a fait l’objet d’un investissement massif de la Région. Et je pourrais ajouter : le lycée Jules Le Cesne, pour 40 millions d’euros – excusez du peu ! – ; le raccordement ferroviaire de la Brèque à Harfleur, pour 20 millions d’euros ; la ligne Bréauté-Fécamp, que vous avez inaugurée il n’y a pas longtemps, pour 20 millions d’euros ; le Pôle INSA/Science-Po/Université du Havre, pour 6 millions d’euros ; le Stade Océane, pour 25 millions d’euros ; l’ENSM, ce bâtiment magnifique, 8 millions d’euros ; le tramway, pour 10 millions d’euros ; le Volcan, sa rénovation et sa bibliothèque qui connaît un grand succès, 3 millions d’euros ; la rocade Nord ; le 500ème anniversaire, 3,5 millions d’euros de la Région ; le Sonic, le Tetris, le Sirius…

Bref, puisque c’est la tonalité que vous avez voulu donner à votre discours, quand vous aurez construit un grand stade, une rocade, un tramway, un campus étudiant, alors, peut-être pourrez-vous parler de volontarisme et accuser les autres d’immobilisme.

Et puis, je ne vous ai pas entendu parler des sujets havrais. Je m’attendais à ce que vous parliez de CMA-CGM. Nous vous avons écrit, dans un courrier qui je crois était parfaitement neutre, en demandant simplement ce que la Région comptait faire. La Région est responsable d’un certain nombre d’activités économiques, de soutien public aux entreprises. Il y a une menace de licenciements de 60 postes sur un des acteurs majeurs de la place portuaire havraise, donc un des acteurs majeurs de l’économie normande. Je vous ai posé la question en commission permanente il y a quelques jours et vous m’avez dit, je vous cite « je vous répondrai quand j’aurai envie de vous répondre ». Alors je vous repose la question aujourd’hui : avez-vous envie, éventuellement de me répondre, mais surtout de répondre aux salariés havrais sur la CMA-CGM ?

Vous n’avez pas non plus jugé utile de saluer aujourd’hui la nomination d’un normand, Bernard Cazeneuve, à la tête du Gouvernement. De nombreux élus, de tous bords, y compris au Havre d’ailleurs, ont accueilli cette nomination avec l’élégance et la courtoisie républicaine qui s’impose tout simplement devant un homme d’Etat. Pas vous. Vous avez préféré un commentaire que je qualifierai de politicien. Cela n’a pas d’importance, parce que les normands savent bien que leur meilleur ambassadeur aujourd’hui, le meilleur représentant de la Normandie, c’est Bernard Cazeneuve.

Monsieur le Président, vous avez parlé des proviseurs. Je vous remercie de les avoir reçus parce qu’ils commençaient à s’inquiéter. Vous aviez annulé à la dernière minute une réunion avec eux. Cela peut arriver. Le problème c’est que nous vous voyons beaucoup à Paris, beaucoup sur les plateaux de télévision et un petit peu moins en Normandie. Je pense à certains territoires – la Manche, l’Orne, en particulier. Nous voudrions simplement vous rappeler votre engagement d’être un président à 100%. Vous êtes à la tête d’un parti que vous venez de renommer, visiblement vous voulez participer de manière très active au plan national à la campagne de M. Fillon (je n’avais d’ailleurs pas compris que ses positions, notamment en matière européenne, étaient exactement les positions des centristes, mais ce n’est pas votre première contradiction). Nous vous demandons simplement d’être présent en Normandie et actif à 100% pour les Normands. J’espère que la période qui vient, jusqu’aux échéances de 2017, nous prouvera ce que je viens de dire. On peut, à ce jour, être inquiet.

Monsieur le Président, je parlerai brièvement des orientations budgétaires, Marc-Antoine Jamet en parlera plus longuement tout à l’heure. Nous sommes effectivement inquiets, sans faire de procès d’intention – nous jugerons sur pièce et le juge de paix c’est le compte administratif, pas les orientations budgétaires – mais comme le rappelait la chambre régionale des comptes, pour les deux ex-Régions et c’est d’ailleurs marqué dans le rapport d’orientations budgétaires, nous vous avons laissé une Région bien gérée, avec un endettement faible, une capacité d’investissement forte, des investissements soutenus et des dépenses de fonctionnement qui étaient maitrisées. Vous nous proposez, contrairement à ce que vous aviez indiqué pendant la campagne électorale, des dépenses de fonctionnement qui sont incontrôlées, avec des augmentations fortes. Il n’y a, contrairement à ce que vous aviez promis, aucune économie de fonctionnement. Il y a surtout des ratios budgétaires qui sont en augmentation inquiétante. Il ne faudrait pas demain, parce que les collectivités ont l’obligation d’être à l’équilibre, que tout cela se traduise soit par une augmentation d’impôts, soit, parce que c’est la seule porte de sortie, par des diminutions de services. Et c’est ce qui nous fait peur. Vous l’avez d’ailleurs déjà évoqué à demi-mot sur la question ferroviaire. Il y a certes les trains qui transportent les parisiens; mais il y a aussi les trains du quotidien, les TER, qui transportent les Normands. Il ne faudrait pas que demain ces trains soient mis à mal.

Monsieur le Président, je voudrais terminer mon propos par un sujet qui pourrait paraître relever seulement de la politique internationale mais qui je crois touche singulièrement la Normandie et les normands. Je voulais vous proposer de mettre à l’écran une photo d’Alep. Vous l’avez refusé, je le regrette. Je voudrais simplement, puisque nous sommes au Havre, une des villes martyres de la Normandie pendant la Deuxième Guerre Mondiale, parler de la situation en Syrie, à Alep, du point de vue régional. La situation, chacun en conviendra je l’espère ici, est insupportable. C’est l’une des pires tragédies de ce siècle. Bien sûr, notre collectivité n’est pas responsable. Bien sûr ce n’est pas à notre niveau régional que nous pourrons régler ce conflit. Mais nous ne pouvons pas rester impassibles. Tout simplement parce que nous sommes ici en Normandie, que nous sommes au Havre, et que l’Histoire de notre Région nous oblige. Nous avons nos différences, nos divergences – elles se verront encore aujourd’hui et c’est normal, c’est le débat démocratique – mais nos affrontements sont bien dérisoires devant cette tragédie qui se déroule en ce moment, sous nos yeux, à quelques heures d’avion à peine de la Normandie.

C’est pourquoi je fais appel à vous, Monsieur le Président, à vous, Mesdames Messieurs mes collègues de la majorité, ici au Havre, pour que nous ayons ensemble, sur ce sujet, une fidélité à ce que j’appelle l’esprit de la Normandie. L’esprit de la Normandie ce n’est pas d’aller chez Poutine ou en Iran pour faire son marché. L’esprit de la Normandie c’est de montrer que cette terre normande est et restera une terre de paix, une terre d’accueil et une terre de tolérance. Nous pouvons faire des choses.

Je vous le propose de donner l’exemple aux autres Régions françaises, en augmentant significativement votre soutien à l’accueil des réfugiés, aux associations, aux collectifs syriens en Normandie qui œuvrent pour l’accueil et l’intégration des réfugiés. Je vous propose de soutenir au niveau régional, parce que nous sommes la Normandie, une terre d’asile, de monter une exposition sur les villes martyres et sur les réfugiés d’Alep.

Je vous propose de déployer sur les sites de Caen et de Rouen cette citation d’un manchois – manchois d’adoption mais manchois quand même – Jacques Prévert : « Quelle connerie, la guerre ». Ce sera peu. Ce sera bien peu. Ce sera trop peu. Mais nous pouvons faire cela.

Je vous propose aussi de sensibiliser les lycéens, les jeunes, dans les CFA, les lycées professionnels, les lycées d’enseignement général et technologique, pour encourager la tolérance, le vivre-ensemble, l’investissement de nos jeunes dans le monde associatif, dans les ONG.

Ce sera peu, ce sera trop peu, mais au moins nous aurons essayé, à notre modeste mesure, ensemble, au-delà de nos divergences partisanes, d’être à la hauteur de l’histoire de notre Région.

C’est ce que nous vous demandons, Monsieur le Président, pour Alep et pour le reste, d’être à la hauteur de la Normandie.

Je vous remercie.

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