« Pour une COP21 normande »

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« Pour une COP21 normande »

Mon intervention en séance plénière régionale, lundi 15 octobre 2018

Monsieur le Président,

Avant de commencer mon propos nous voudrions simplement remercier pour son travail Madame la Vice-Présidente Emmanuelle Dormoy. Nos différences sur la politique culturelle régionale sont bien connues mais nous pouvons attester de sa compétence en la matière, de son engagement sincère pour la Culture en Normandie. Je profite de ce moment pour le dire au nom de notre Groupe.

Monsieur le Président, je reviens au fond des sujets. Nous vous avons écouté avec attention, comme à chaque fois. Vous avez commencé par une anaphore,  « est-ce que c’est de la com si…est-ce que c’est de la com si…est-ce que c’est de la com si… ». À vous écouter tout était catastrophique avant vous, et depuis votre élection tout est formidable, extraordinaire, exceptionnel. Votre propos liminaire me faisait penser à Alphonse Allais qui disait, pour ses résolutions du nouvel an: « l’année dernière j’étais encore un peu prétentieux, cette année je serai parfait ».  Je crois qu’un peu de nuance,  un peu de modestie peut-être?, feraient du bien à tous les élus, en particulier lorsqu’ils sont Présidents.

Car si, comme vous le dites, tout allait pour le mieux en Normandie depuis deux ans et demi, les Normands le ressentiraient dans leur quotidien. Par exemple, les trains seraient plus à l’heure. Le sont-ils ? Les portiques Gare Saint-Lazare fonctionneraient. Fonctionnent-ils ? Je cite votre document d’orientations budgétaires : il est indiqué « l’emploi salarié marchand a progressé en 2016 et en 2017 de 0,6 % ».  Mais  je continue, parce que lorsqu’on est honnête on cite l’ensemble de la phrase: « l’INSEE  note en revanche que cette augmentation est nettement moins importante que la moyenne nationale à 1,6% ».

Il ne s’agit pas non plus de dire que tout va mal. Mais simplement de réaliser que concrètement les Normands ne partagent pas votre autosatisfaction. Que répondez-vous aux étudiants en kiné qui ont vu leurs frais d’inscription exploser? Que répondez-vous aux associations qui voient leurs subventions fondre comme neige au soleil? Que répondez-vous aux usagers du train normand qui voient les guichets et les gares fermer, les dessertes se tarir? Que répondez-vous aux salariés de Novandie, qui sont en train de se faire licencier ? Pour AIM, notre collègue François Dufour vient de l’évoquer, je rappelle que des millions d’euros d’argent public ont été investis. Inutile de revenir sur le gâchis à Cherbourg en matière d’hydrolien. On pourrait parler de Sealynx à Charleval, sauvée par les collectivités et l’Etat en 2014, dont les salariés se battent aujourd’hui pour l’emploi dans la vallée de l’Andelle. Tout à votre communication, vous ne parlez que des réussites et occultez les difficultés.

Vous avez parlé du budget. Je voudrais juste citer un chiffre. Depuis deux ans et demi, l’épargne brute régionale a diminué de 115 millions d’euros et est passée de 27 % à 15 %, soit une diminution de près de la moitié. Ce sont des chiffres qui sont dans votre document d’orientations budgétaires. Pourtant, vous le reconnaissez vous-même, nous vous avions laissé une situation financière extrêmement favorable. Mais aujourd’hui, les indicateurs sont dans le rouge. Tout le monde a constaté que les dépenses de communication de la Région ont explosé. Tout le monde le sait car tout le monde le voit. Vous êtes hors des clous, très loin des 1,2% du cadre contractuel demandé par l’Etat. Cette pente est inquiétante. Nous le disions depuis deux ans. Malheureusement nos inquiétudes se confirment.

Et les conséquences sont concrètes pour les Normands! Elles ont déjà été évoquées, notamment par Céline Brulin. Réduction d’un grand nombre de services du quotidien,  singulièrement dans le ferroviaire. Mais on pourrait aussi parler de la santé, du secteur associatif. Là aussi nous vous demandons d’écouter et d’entendre les besoins des Normands qui disent: « on était hier soutenus par la Région, on ne l’est plus aujourd’hui ».

Puisque vous avez fait allusion au sondage commandé par votre Groupe, j’espère que vous en évoquerez la totalité à la presse : il indique en effet que les Normands sont plus nombreux à considérer que leur situation s’est dégradée depuis 2015-2016, plutôt que l’inverse. Là aussi il faudrait peut-être un peu plus d’humilité et de modestie par rapport à la réalité vécue par nos concitoyens.

J’en viens à mon deuxième point, qui concerne vos relations avec l’État.  Nous partageons sur le fond un certain nombre de vos positions – par exemple sur le principe de libre administration des collectivités, ou sur l’apprentissage-, nous l’avons déjà dit. Mais nous regrettons à nouveau que les relations de la Région avec l’État, mais également avec d’autres collectivités, se soient à ce point tendues, et même rompues, qu’elles menacent aujourd’hui de nombreux projets stratégiques pour la Normandie: la Vallée de la Seine, la coordination interrégionale face au Brexit, la LNPN que tout le monde a oublié, le Mont-Saint-Michel…

Sur tous ces grands enjeux, la Région se fâche. La Région s’est fâchée avec l’État, la Région s’est fâchée avec l’Ile-de-France. Beaucoup d’effets de tribune, beaucoup de coups de menton. Mais pour quel résultat? Aujourd’hui ces projets n’avancent pas et demain pourraient constituer des freins structurels, durables, au développement de la Normandie.

Je voudrais terminer par une proposition. Cela a été dit par notre collègue François Dufour: l’actualité, et plus encore l’Histoire de ces 50 dernières années, nous montre que l’enjeu environnemental devrait être au cœur de nos politiques publiques. Et je ne parle pas que des politiques régionales. Malheureusement il ne l’est pas. Or, si nous pouvons saluer l’action de Hubert Dejean de la Batie sur ces sujets, nous constatons que la Région n’a pas fait de la lutte contre le changement climatique son cheval de bataille.

Nous vous proposons, nous, d’en faire LA priorité. Compte tenu de notre géographie – je pense aux énergies marines -, de notre tissu industriel – je pense aux énergies, à la question des déchets -, nous avons beaucoup à dire et à faire. Des collectivités dans le monde entier se sont engagées et ont rejoint le collectif international auprès des Nations Unies contre le changement climatique. Plus localement, la métropole rouennaise s’est engagée sur la COP 21.

Pourquoi ne pas engager la Région Normandie sur une COP 21 à l’échelle de la Région? Pourquoi ne pas faire de cet enjeu-là qui touche tous les aspects -l’industrie, les énergies, l’agriculture, l’économie circulaire, l’aménagement du territoire, la recherche, la formation- votre priorité numéro 1?

Pourquoi ne pas utiliser votre poids politique, votre capacité en tant que Président à rassembler les territoires, et pas uniquement les élus mais aussi les acteurs de la société civile, pour effectivement orienter toutes nos forces normandes vers ce grand défi du siècle? Il serait intéressant d’avoir une vraie stratégie d’ensemble. Une COP21 à l’échelle de la Normandie ne résoudrait, bien sûr, pas tous les problèmes, mais elle aurait beaucoup de sens. Elle aurait aussi de l’allure. Elle placerait notre collectivité à la hauteur de l’enjeu et de nos responsabilités.

Monsieur le Président,

Vous avez compris le sens de mon propos. Nous vous demandons d’une part un peu moins d’autosatisfaction, d’autre part un peu plus d’attention aux Normands et à l’intérêt général. Être Président, ce n’est pas juste signer des chèques. C’est aussi travailler au quotidien pour tous les Normands et fixer des priorités, un cap. L’environnement et la sociale-écologie pourrait en être un.

Je vous remercie.

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