« N’oubliez pas les Normands! »: intervention de Nicolas Mayer-Rossignol en séance plénière régionale, au Havre le 18 juin 2018

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« N’oubliez pas les Normands! »: intervention de Nicolas Mayer-Rossignol en séance plénière régionale, au Havre le 18 juin 2018

Monsieur le Président, Monsieur le Président du CESER, chers collègues,

Tout d’abord, au nom de notre groupe, je souhaiterais vous féliciter et féliciter l’ensemble de de la majorité, en particulier François-Xavier Priollaud ainsi que les services de la Région, pour la réussite du forum Normandie pour la Paix. Je l’ai déjà dit publiquement, nous pensons que cela a été un vrai succès, non seulement pour le sujet lui-même mais également pour le rayonnement de notre région et son attractivité.

Si vous me permettez néanmoins une proposition, évitons d’utiliser le terme « Davos pour la Paix ». « Davos », c’est la guerre. La guerre économique certes, mais la guerre quand même. Si on peut éviter l’oxymore « Davos de la Paix »… Personnellement je préfère « Normandie » à « Davos ». Pas vous?

Un deuxième point plus technique : nous serions heureux d’avoir les coûts réels du forum. Il y a des chiffres probablement un peu fantasmés qui circulent. On a quand même eu 9 feux d’artifice… Peut-être y en a-t-il eu beaucoup, peut-être un peu trop? En tout cas c’est ce dont a parlé la presse. Nous voudrions avoir les chiffres. On parle d’un million et demi d’euros de dépenses… Là-dessus la clarté sera la meilleure des réponses.

Nous avons écouté avec attention votre propos liminaire et je dois dire que, si on peut se retrouver sur plusieurs points, il y a quand même un élément qui m’a surpris. A aucun moment vous n’avez parlé des sujets qui préoccupent les Normands aujourd’hui. C’est là un travers récurrent: vous parlez énormément de la Normandie, c’est normal et tant mieux; mais vous parlez très peu des Normands et de ce qui les concerne.

Le sujet d’aujourd’hui pour les Normands, ce sont les centres d’information et d’orientation (CIO). Le sujet d’aujourd’hui pour les Normands, c’est la question des hôpitaux, notamment psychiatriques au Rouvray et au Havre. Le sujet d’aujourd’hui pour les Normands c’est la question ferroviaire, le train. Vous avez déclamé un discours très auto-satisfait sur la réussite économique de la Normandie, dont on peut par ailleurs débattre; mais l’actualité n’est pas celle-là!

J’en suis d’autant plus surpris, pour ne pas dire choqué, qu’il y a des gens qui manifestent aujourd’hui, en ce moment-même, qui disent leur souffrance jusqu’aux portes de notre hémicycle. Vous avez simplement répondu « la santé, ce n’est pas la compétence de la Région ». Reconnaissons que c’est un peu court quand des Normands, infirmiers, aides-soignants, font la grève de la faim. Reconnaissons que c’est un peu court, sur le ferroviaire, de proposer en guise de seule réponse une augmentation de dépense sur des portiques gare Saint-Lazare qui ne servent décidément… à rien.

Il y a donc une forme de paradoxe. Il y a quelques jours on parlait de dialogue, de paix, et nous constatons que dans cette assemblée, sur ces sujets qui préoccupent pourtant l’immense majorité des Normands, ce principe de dialogue n’est pas, c’est un euphémisme, le plus appliqué.

(Si vous me permettez une parenthèse, on pourrait utilement appliquer le principe de dialogue à la Commission permanente régionale, qui aujourd’hui se résume à une petite dizaine de minutes, et encore je suis gentil. Honnêtement on ne sait même plus à quoi elle sert, il n’y a plus aucun débat. Un de nos collègues a même fini par démissionner! Quelle que soit notre sensibilité politique, vu le nombre et l’importance des sujets pour les Normands, on pourrait admettre que ce genre de Commission dure un peu plus que dix minutes. Vous allez me dire « Alain Le Vern faisait pire ». Un, c’est objectivement faux. Deux ce serait bien la première fois que vous prendriez exemple sur Alain Le Vern! Trois il me semble que la Normandie a fusionné et qu’il y a un petit peu plus de sujets aujourd’hui. Je ferme la parenthèse).

Je reprends la question du dialogue pour parler de l’Education. Avec un sujet sur lequel nous vous avons interpellé à plusieurs reprises: la formation Bac Pro Systèmes Numériques. Les familles normandes concernées dans les différents territoires, mais aussi les élèves et les personnels, sont très inquiets de ce projet de rassemblement à Condé-sur-Noireau, dans des conditions qui, à ce jour, sont notoirement ubuesques. On demande à des familles d’envoyer leurs enfants dans des conditions de transport et de logement qui sont inacceptables. La Région est un des principaux acteurs, avec le Rectorat, et la Région peut et doit faire beaucoup, notamment pour les problématiques liées à l’internat. Nous vous demandons donc sur ce sujet, sur lequel la Région ne répond pas aux attentes légitimes des Normands, de les écouter enfin et de vous engager.

Monsieur le Président, vous avez centré l’essentiel de votre propos sur la question de la relation entre la Région et l’État. Je voudrais vous remercier parce que je pense que c’est un sujet extrêmement important. Vous avez dénoncé, et sur le fond nous partageons votre point de vue, cette injonction du Gouvernement qui imposerait aux collectivités locales importantes un plafond sur les dépenses de fonctionnement de 1,2%. J’ai trouvé assez comique qu’un des sujets du bac philo d’aujourd’hui soit « Est-ce qu’une loi injuste vaut mieux que l’absence de loi ? ».

Sur le fond, nous comprenons parfaitement cette position qui consiste à défendre la libre administration de la Région. Néanmoins, il y a, premièrement, contradiction à, d’un côté, dénoncer une injonction jacobine et de l’autre côté à continuer de défendre une position extrêmement libérale et réductrice des services publics.

Deuxièmement, il y un point de désaccord majeur entre nous: nous ne sommes pas un pays fédéral. Tous ici nous aimons notre région. Mais nous ne sommes pas un pays fédéral. Sur tous les grands projets structurants en Normandie, qui sont les acteurs qui financent, concrètement ? Nous le savons par expérience et nous le vivons tous les jours : la Région, l’État, l’Europe. Seule, la Région ne peut rien. Nous avons besoin des financements de l’État. Prétendre le contraire, c’est mentir.

Or, quand je prends les grands projets sur notre territoire – le développement de la Vallée de la Seine, les énergies marines renouvelables, l’exécution des Contrats de Plan, le ferroviaire, la LNPN, la défense des petites lignes, l’essor économique, la santé -, sur tous ces sujets aujourd’hui la Normandie perd, systématiquement, ses arbitrages avec l’Etat.

Nous comprenons qu’il soit difficile de dialoguer avec le Gouvernement parce que le Gouvernement prend des options politiques qui ne sont pas les nôtres. Néanmoins, pour financer ces projets, nous avons besoin de dialogue, de construction, de compromis, d’accords. Pas de postures ni de guerres politiques, qui servent peut-être à certains pour exister politiquement mais qui au final pénalisent le territoire normand.

Je vais prendre un exemple : l’éolien. On est au Havre. Je suis surpris que vous n’ayez pas cité l’éolien au Havre. Vous avez cité Cherbourg, formidable ! Nous sommes très heureux que vous ayez pu signer avec d’autres élus, en particulier Benoît Arrivé le Maire de Cherbourg en Cotentin, les premiers investissements pour l’hydrolien et les énergies marines. C’est vrai que c’est un scandale que l’État n’ait pas été représenté à cette manifestation, quand la Commission européenne y était et quand un Ministre étranger était présent. Là-dessus, nous partageons votre point de vue.

Mais enfin, aujourd’hui nous sommes au Havre! Il y a des projets éoliens essentiels au Havre, et cela participe de la construction de toute une filière. Vous n’en avez pas dit un mot. Pourquoi? Nous savons aujourd’hui que le projet, au Havre, est menacé. Pourquoi est-il menacé ? Par absence de dialogue, notamment. Entre d’un côté la Région et d’un autre côté l’État. Nous ne sommes pas là pour dire qui a tort, qui a raison; mais je pense qu’on sera tous d’accord pour dire que nous avons besoin d’une filière « énergies marines renouvelables » complète sur ce territoire et que nous avons besoin et de Cherbourg, et du Havre, et de Courseulles-sur-Mer, et de Ouistreham, et de Dieppe, et de Fécamp. Alors pourquoi là-dessus perdons-nous tous nos arbitrages avec l’Etat, quand d’autres régions tirent leur épingle du jeu?

Évoquons la LNPN. Qui entend encore aujourd’hui parler de la LNPN ? A part un préfet délégué interministériel qui continue avec beaucoup de bienveillance de faire son travail technique. Mais qu’est-ce-qui avance, réellement, concrètement? Non seulement l’absence de dialogue entre la Région Normandie et l’État sur ce sujet pénalise les Normands, pas uniquement Paris-Rouen-Le Havre mais également Paris-Caen-Cherbourg et finalement l’ensemble de la desserte ferroviaire de notre Région. Mais cette absence de dialogue s’étend à la désormais notoirement mauvaise relation entre la Normandie et l’île-de-France, qui est accessoirement la première Région, par sa puissance économique, du territoire national. On sait par ailleurs que les travaux les plus importants pour la Normandie sur la LNPN concernent directement le territoire francilien. Cela veut dire qu’on est bien obligés de s’entendre, sans quoi rien n’avancera. Et c’est bien le problème: aujourd’hui, rien n’avance sur ce sujet.

Dernier exemple en date, les zones économiques spéciales, retoquées – une forme d’humiliation – par la Préfète qui nous oblige à re-voter. Vous avez indiqué, et c’est vrai, que l’État sur les Contrats de Plan présente un mauvais taux d’exécution. En clair, l’Etat ne tient pas suffisamment ses engagements. C’est juste. Mais pourquoi le Contrat Normand, singulièrement, figure-t-il parmi les plus mauvais de France? Pourquoi serait-ce chez nous, plus que dans d’autres Régions, que l’État aurait un taux d’exécution famélique ? Pourquoi, là encore, d’autres régions tirent leur épingle du jeu mieux que nous ?

Je pense que vous saisissez le message que nous essayons de faire passer. Il y a des politiques que vous portez et que nous partageons. Il y a des points sur lesquels nous pouvons nous retrouver et nous n’avons pas peur de le dire publiquement. Mais nous vous demandons de ne pas vous préoccuper seulement de l’image et du marketing de la Normandie. Votre priorité doit être de vous occuper, d’abord des Normands. C’est important le marketing; mais il y a des êtres humains derrière. Aujourd’hui nous en avons une actualité crue, une actualité dure. Des grèves de la faim dans le domaine de la santé, des grèves longues dans le domaine ferroviaire. Ce ne sont pas des petits sujets. C’est dommage que le Président de Région, par ailleurs Président de l’ensemble des Régions de France, ne s’exprime pas sur ce qui fait le quotidien des Normands.

Monsieur le Président, nous vous demandons de ne pas mettre en scène, pour des raisons politiciennes, votre conflit avec l’Etat au détriment de la Normandie. Cela sert peut être votre visibilité personnelle, mais cela dessert la région. Nous ne partageons pas les options politiques du Gouvernement actuel, chacun le sait. Mais pour que nos grands projets avancent, nous avons besoin d’un couple État-Région qui fonctionne. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, c’est dangereux et c’est inquiétant. Je rappelle quand même que le Premier Ministre est normand, que le Ministre de l’Économie, qui tient les cordons de la bourse, est normand. J’ai le souvenir que les deux vous soutenaient ardemment lors des élections de 2015. Le second était même votre candidat à la présidentielle. Certes c’était il y a des temps immémoriaux puisqu’il y a… douze mois! Votre amitié devrait être plus solide que cela… Là encore, nous vous demandons un dialogue plus fructueux et plus utile aux Normands. Ne les oubliez pas!

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