« Mépriser, c’est se méprendre »

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« Mépriser, c’est se méprendre »

Mon intervention en séance plénière régionale lundi 19 février 2018

Monsieur le Président, chers collègues,

Je voudrais tout d’abord saluer le nouveau Président du CESER, Jean Luc Léger, et l’arrivée de notre nouveau collègue François Dufour, qui avait fait la démonstration de son utilité, de sa légitimité et de sa solidité sur les sujets agricoles dans l’hémicycle bas-normand. Nous sommes très heureux de le retrouver parmi nous.Nous nous associons également à l’hommage que vous avez rendu à propos du drame survenu à l’usine Saipol de Dieppe. Nous pensons aux familles des victimes, à tous les habitants du quartier du Pollet et en particulier aux agents du port de Dieppe, dont vous assurez la présidence.

Monsieur le Président, vous avez évoqué, avec le ton de l’autosatisfaction que vous appréciez, les résultats extraordinaires!, mirifiques!, flamboyants!, de la Région Normandie en matière économique. Il y a des éléments positifs, nous en convenons. Mais nous vous invitons aussi à la prudence, parce que nous constatons un décalage entre votre communication et la réalité ressentie, y compris par les chefs d’entreprises eux-mêmes. J’ajoute que la Région Normandie ne se résume pas à une start-up ou à du marketing. Elle ne se résume pas à des entreprises. Il y a aussi d’autres acteurs. Je pense en particulier aux associations, et je vais y revenir tout à l’heure.

Mais restons un instant sur les entreprises, l’économie et l’attractivité. On peut créer de jolies agences de l’attractivité, on peut mettre de l’argent dans des logos multicolores. Mais la vraie attractivité, celle qui est durable, est d’abord liée à la qualité de nos infrastructures. Vous le savez. Or que constate-t-on aujourd’hui ? Que la Normandie n’avance pas dans ce domaine.

Vous n’avez pas de mots assez durs sur le rapport de la commission que vous avez qualifié de « Duron ». Si vous me permettez une toute petite précision: sauf erreur de ma part il me semble que ladite commission est co-présidée par un certain Hervé, en l’occurrence Hervé Maurey, Sénateur normand, qui siège ici, qui est là, qui est dans votre majorité, qui vous soutient et qui soutient tout autant le contenu de ce rapport.

Sauf erreur de ma part, le gouvernement est dirigé par un Premier Ministre havrais qui vous a toujours soutenu et qui a priori entretient des relations plus que cordiales avec votre exécutif et votre majorité.

Sauf erreur de ma part, nous avons plusieurs ministres éminents, dont un à l’économie qui doit avoir quelque regard sur les finances publiques et les grands investissements de l’Etat et qui peut peut-être les amender, en tout cas avoir une attention bienveillante, pour que les vrais enjeux normands – le ferroviaire, le portuaire, le numérique – puissent faire l’objet de financements nationaux. Or, on constate tout le contraire.

Sauf erreur de ma part, vous êtes vous-même Président de l’association des Régions de France. Cela devrait vous conférer une certaine influence.

Bref, il y a tout de même une conjonction politique, un alignement des planètes qui devrait aboutir à un résultat positif pour la Normandie. Quand on a un Premier Ministre normand, un ministre de l’Economie normand, un Président des Régions de France normand, quand on a un conseil d’orientation avec des membres normands éminents, on peut s’attendre à ce que la Normandie ne soit pas la plus maltraitée. Or, c’est tout l’inverse qui se produit.

Paradoxe du paradoxe, vous êtes le premier à dénoncer cette absence de résultats, alors que vous en êtes co-responsable. Nous vous demandons, simplement, d’agir.

Je prends l’exemple du train, qui est un sujet difficile. Cela demande des investissements longs, les choses ne vont pas se résoudre en un claquement de doigts. Mais comment ne pas voir l’exaspération actuelle, au quotidien, de tant de Normands ? Nous vous posons la question : que faites-vous, aujourd’hui, maintenant, sachant que nous n’avons, nous Normands, potentiellement jamais eu autant de leviers politiques pour agir? Nous sommes à votre disposition pour vous appuyer dans vos éventuelles démarches. Vous avez des amis bien placés, au Gouvernement, dans les commissions adéquates, au Sénat, au Parlement, vous êtes vous-même Président de l’Association des Régions de France. Agissez maintenant!

Je veux aussi souligner que l’inquiétude sur le train ne concerne pas que les grandes infrastructures. On parle toujours de la LNPN, des grandes lignes. C’est effectivement important. Mais l’exaspération sur le train concerne aussi les dessertes du quotidien. Aujourd’hui, que voit-on ? Une suppression de certaines dessertes, une baisse de certaines fréquentations, une augmentation de certains tarifs et des inquiétudes, notamment sur le Paris-Granville et sur le Caen-Le Mans-Tours – dont vous avez vous-même indiqué à demi-mots qu’il pourrait être transformé en bus.

Les Normands attendent des réponses, en tout cas une action de votre part, dès maintenant. Vous avez annoncé un  » plan Marshall » à grands renforts de comm’. Pour l’instant, les Normands voient surtout des portiques gare Saint Lazare qui ne servent franchement… à rien.

Je voudrais aborder maintenant le sujet des associations. Il me semble que vous n’avez pas même prononcé le mot dans votre intervention. C’est étonnant. Pourtant, il y a un tout petit peu d’actualité sur les associations en Normandie, il suffit de lire la presse.

En fusionnant et en réunifiant les ex-Haute et Basse-Normandie, l’idée c’était quoi ? C’était de faire en sorte que un plus un fasse plus que deux. Or, pour les associations normandes aujourd’hui, c’est tout le contraire.

Vous avez reçu une pétition de plus de 1100 acteurs de toute la Normandie – ce n’est pas rien – en matière culturelle. Pétition qui, si on la lit attentivement, est une pétition tout à fait courtoise, absolument pas polémique, et qui vous demande simplement de respecter vos engagements et d’agir effectivement pour la culture en Normandie. De culture, vous n’avez pas même là non plus évoqué le mot dans votre intervention liminaire. Je regrette ce mépris.

Vous avez déjà détruit l’association GRANDDE qui s’occupait d’environnement.

Vous avez refusé, alors que nous vous le demandions de manière tout à fait technique et neutre, de publier le barème des subventions aux associations sportives. On peut avoir des divergences sur les orientations politiques qui conduisent à ce barème, mais je pense qu’on devrait tous, élus de la République, pouvoir se retrouver sur la notion publicité des règles. Je ne vois pas en quoi cela poserait problème, ou alors, « si c’est flou c’est qu’il y a un loup ».

Vous avez décidé d’exécuter – j’emploie le terme car il faut appeler un chat un chat – le CRIJ, qui, là encore, excusez du peu, était le premier acteur pour aider les jeunes en difficulté.

Dernière en date: vous avez indiqué, au détour d’une visite à Vernon, que selon vous, je vous cite, « les missions locales ne servent à rien ». Alors je vais citer quelqu’un d’autre: « Vos idées reçues ne font que desservir les jeunes Normands qui constituent l’avenir de notre région. ». Je cite Mme Agnès Canayer, Sénatrice Les Républicains de Seine-Maritime, présidente de l’association régionale des missions locales et qui n’a, je crois, jamais été socialiste. Vous voyez ce qu’elle dit. Vous voyez ce qu’elle écrit. Nous vous demandons d’entendre ces acteurs.

Monsieur le Président, vous avez ouvertement méprisé plusieurs acteurs associatifs normands. Coupes claires dans les associations sportives, dans les associations culturelles, dans les associations environnementales, dans les associations d’insertion. Mépris également des personnels de la Région, dont vous aviez considéré qu’ils étaient en sur-effectif pour finalement avouer que vous aviez dit, je vous cite, « une connerie ».

Mépriser, c’est se méprendre. Les acteurs normands n’ont besoin ni de l’un, ni de l’autre. Nous vous demandons au contraire de les respecter et de les conforter.

Je vous remercie.

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