« La Normandie est terre de mesure et d’ouverture, elle n’a rien d’identitaire »

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« La Normandie est terre de mesure et d’ouverture, elle n’a rien d’identitaire »

Mon intervention en séance plénière régionale lundi 20 novembre 2017

Monsieur le Président,

Monsieur le Président du CESER,

Mesdames et Messieurs les élus,

Nous avons écouté avec attention, comme à chaque fois, vos propos liminaires. Nous partageons votre volonté de continuer à investir et à agir puissamment pour le développement de la Vallée de la Seine, pas simplement de Paris au Havre comme l’avait maladroitement exprimé Nicolas Sarkozy à une époque.  En réalité, c’est au bénéfice de l’ensemble du territoire de la Normandie qu’il faut agir.

Mais il y a les mots, et il y a les actes. Sur le plan des actes, les investissements ont été financés dans le cadre des Contrats de Plan actée par les majorités précédentes. Bien sûr ces contrats sont critiquables – on pourra les trouver insuffisants, trop courts sur certains sujets; mais reconnaissons au moins qu’il s’agit d’argent réel, sonnant et trébuchant, engagé par l’État à l’époque, avec les collectivités -la Région en premier lieu- et les acteurs de la société civile, pour le développement de la Vallée de la Seine. D’ailleurs, tous les projets que nous voyons aujourd’hui fleurir et se concrétiser en sont le résultat. On pourrait parler par exemple de Serqueux-Gisors, des accès du pont Flaubert à Rouen. Ce sont tous les résultats d’un investissement engagé dans le cadre de cette contractualisation.

Le Premier Ministre est attendu au Havre demain. Il était parmi vos premiers soutiens politiques, jusqu’il y a peu. On peut supposer que cette proximité politique sera bénéfique pour la Région. Mais, comme on dit, il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. Nous attendons donc le concret, le ‘sonnant et trébuchant‘, pour voir si ces preuves d’amour sont réelles. Preuves d’amour d’un ancien maire du Havre pour sa ville, d’un ancien ami politique pour l’actuel président de la Région et de l’État pour l’une des régions, la Normandie, qui contribue le plus, par son ouverture et son appareil productif, au développement économique du pays..

Dans le développement de la vallée de la Seine, il y a le développement des énergies marines renouvelables. Il est décisif. Alors que nous avons le meilleur potentiel d’énergies marines renouvelables d’Europe, il n’y a aucune éolienne dans l’eau en France et pas non plus d’hydroliennes commerciales.

J’ai le souvenir de votre premier discours, le 4 janvier 2016, où nous avions noté, surpris, que le mot « énergies marines renouvelables », et plus largement le thème dans son ensemble, n’était pas même évoqué. Nous vous avions indiqué que c’était un sujet absolument majeur pour le développement de l’ensemble du territoire normand. Vous semblez avoir pris depuis des positions plus cohérentes pour notre territoire, tant mieux. Je veux saluer à cet égard l’engagement  de Hubert Dejean de la Batie et de certains élus de votre majorité.

Mais il faut aller beaucoup, beaucoup plus loin. Nous savons que le parc projeté au Tréport est décisif, pas seulement pour le territoire du Tréport, mais pour l’ensemble de la Région –  j’irai même jusqu’à dire pour l’ensemble de la filière. Si nous n’avançons pas sur ce parc là, c’est l’ensemble de l’écosystème industriel en train d’être mis en place qui serait demain en péril. Il ne s’agit pas de critiquer tel ou tel élu, il s’agit de regarder de manière responsable. Comme tout projet industriel, il a effectivement des avantages et des inconvénients pour un certain nombre d’acteurs de la société civile, je pense notamment aux pêcheurs et aux riverains. Mais il faut aussi avoir le sens de l’intérêt général. Le sens de l’intérêt général commande de dire oui à ce projet et d’avancer maintenant, en investissant massivement, parce que c’est un élément clé de l’avenir de notre région.

N’oublions pas Cherbourg et l’hydrolien.  Là aussi il y a des inquiétudes. A l’époque, la Ministre de l’Environnement, Madame Royal, avait annoncé qu’elle engagerait des appels d’offres commerciaux pour le développement de l’hydrolien sur Cherbourg. Là encore, nous avons une responsabilité collective. Ce n’est pas de la politique politicienne, nous sommes vraiment sur un enjeu collectif, pour que demain nous ayons un engagement fort du Premier Ministre, de l’État, et que les engagements pris par les majorités précédentes soient confortés. De la même façon que pour la gestion des ports, nous ne sommes pas certains que braquer l’État en disant « tout pour moi, tout pour la région, tout pour la Normandie, et rien pour l’Etat » soit une bonne idée. D’ailleurs il y a quelque chose d’intellectuellement saugrenu à dire « le développement de l’Axe Seine doit être un enjeu national, donc il faut que l’État… s’en dessaisisse! ». Nous pensons qu’il faut être plus nuancé. Vous savez que la mesure de ces investissements est à plusieurs dizaines, centaines, voire plus, de millions d’euros et que la Région Normandie, même si elle était bien gérée jusqu’à présent, n’a pas, à elle seule, la capacité à s’engager à ce niveau. Vous avez déjà, semble-t-il, fait le deuil du soutien politique de Madame Pécresse, de la Région Île-de-France, qui est, excusez du peu, la première puissance d’investissement en termes de collectivités territoriales. Il ne faudrait pas qu’en plus on fasse également le deuil du soutien de l’État. Au-delà des revendications régionalistes stériles, il est important que l’argent et les actes suivent. Nos projets normands en ont besoin.

Dans votre propos liminaire, vous n’avez pas parlé d’éducation. C’est pourtant une préoccupation majeure des Normands. Je voudrais donc y revenir, parce que nous avons des sujets d’actualité en Normandie. C’est bien de parler de l’économie, c’est bien de parler des entreprises, mais il n’y a pas que l’économie et les entreprises dans la région. Il y a aussi l’éducation. Nous avons des motifs d’inquiétude aujourd’hui.  Sur la formation professionnelle, notamment. Nous savons que les MEF, les Maisons de l’emploi et des formations de Cherbourg et de Caen, sont aujourd’hui menacées. En particulier celle de Cherbourg. Plusieurs de nos élus, Benoît Arrivé, le maire de Cherbourg bien sûr, connaissent cela.  300 000 € en moins pour le financement du fonctionnement de cette MEF du Cotentin qui a fait la preuve de son efficacité. Je crois d’ailleurs que c’est un point de vue partagé par tous les bords politiques en conseil municipal et dans l’agglomération de Cherbourg. 5000 bénéficiaires par an.  Là encore, votre proximité avec l’appareil d’État, votre soutien je l’espère, devraient jouer à plein. Pour l’instant nous ne voyons rien venir.

Il n’y a pas que les grands projets et la grande com’. Il y a aussi le quotidien, en l’occurrence celui des cherbourgeois, mais pas que, qui ont besoin de cette MEF. Il y a des demandeurs d’emploi, il y a des personnes en situation de reconversion professionnelle et il serait bon que votre présidence, toute à sa gloire des grands projets, s’occupât également de cette Normandie qui, elle aussi, attend que le Conseil régional soit au rendez-vous.

Je pense aussi à l’Eure, au département de l’Eure et au G6 en général dont on n’entend honnêtement plus du tout parler. On a beaucoup entendu parler du G6 avant l’élection régionale -probablement pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’élection régionale…. On a beaucoup entendu parler du G6, dans les premiers mois après l’élection régionale. Depuis c’est le silence absolu alors que nous avons des sujets qui, aujourd’hui, mériteraient que région et départements s’allient et agissent de concert.

Je prends l’exemple des collèges. Pablo Neruda à Évreux, Pierre Mendès France à Val-de-Reuil. Comment, dans ces temps actuels et incertains, aussi troublés, aussi difficiles, où l’on sait qu’il y a un lien essentiel entre l’enjeu éducatif et l’enjeu de l’intégration sociale, peut-on fermer aujourd’hui une école? Je pose la question. Certes ce n’est pas la compétence de la Région, mais la Région travaille avec les lycées, la Région travaille avec le milieu éducatif, la Région travaille avec les rectorats, la Région s’occupe des transports scolaires, la Région s’occupe de tout l’environnement qui va autour, et la Région travaille tout simplement avec les élus locaux – certains siègent également ici. Pourquoi ne pas se préoccuper de cet enjeu qui va bien au-delà de la simple question de reconstruction des collèges, qui touche tout simplement au développement social de ces communes et de ces quartiers.

Je voudrais terminer par un point de politique à la fois régionale et nationale. Vous avez cru bon de participer, en tout cas d’assister et donc de cautionner, à une réunion de campagne pour l’élection à la présidence d’un candidat du parti Les Républicains, M. Laurent Wauquiez. Je voudrais simplement vous faire part de notre surprise, de notre consternation, à la fois comme socialistes, radicaux et tout simplement comme normands, parce que les positions de M. Wauquiez sur l’Europe – une Europe identitaire – , sur l’égalité et le mariage pour tous – il est contre – , sur la suppression des subventions aux associations environnementales –  qu’il a mises en œuvre dans sa région – ,  sur les positions fermées et indignes qu’il a prises sur le sujet de l’accueil de demandeurs d’asile, sur le refus du plan 500 000 formations professionnelles, bref,  toutes ces positions n’ont, de notre point de vue, pas grand-chose à voir ni avec le centrisme ni avec la Normandie, terre de mesure et d’ouverture. La Normandie, Monsieur le Président, n’a rien d’identitaire.

Je vous remercie.

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