« Rassembler toutes les forces Normandes »

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« Rassembler toutes les forces Normandes »

Mon intervention en séance plénière régionale lundi 16 octobre 2017

Monsieur le Président,

Permettez moi tout d’abord d’associer notre groupe à l’hommage à M. Digard que vient d’exprimer avec beaucoup de justesse notre collègue Bertrand Deniaud.

Je voudrais saluer, vous ne le faites jamais Monsieur le Président, M. le Président du CESER. Je sais que ce n’est pas à l’ordre du jour, mais il y a des inquiétudes sur l’avenir des CESER.. Cela ne semble pas beaucoup préoccuper la majorité régionale. Au nom de notre groupe, je veux rappeler que les CESER apportent une contribution importante au débat public : ils doivent être maintenus et confortés dans leur rôle ‘d’Assemblée du premier mot’ et de représentation de la société civile.

Monsieur le Président, dans votre propos introductif vous avez dressé, comme à votre habitude, un portrait très flatteur de votre action. Vous pratiquez aujourd’hui comme hier l’autosatisfaction à outrance. Je n’y répondrai pas, les Normands jugeront sur pièce à la fin du mandat -pas au milieu. Mais il y a ce matin une nouveauté : vous vous êtes servi de notre séance régionale comme d’une tribune nationale, pour donner des leçons au gouvernement sur la politique qu’il mène et dénoncer les baisses de dotations annoncées.

Comme toujours je vous ai écouté attentivement. Votre propos avait ceci de croquignolesque, si vous me permettez l’expression, qu’il s’agissait d’une attaque  en règle d’une politique nationale pourtant bien timorée au regard de ce qu’aurait fait le candidat présidentiel que vous avez vous-même soutenu il y a à peine un an, je veux parler de François Fillon, qui proposait une baisse tragique de la dépense publique.

Par ailleurs, si je ne m’abuse ces politiques nationales sont aujourd’hui mises en œuvre par vos propres amis politiques, en l’occurrence le Premier Ministre Edouard Philippe et le Ministre de l’Economie Bruno Le Maire. J’ai souvenir qu’en 2017, au moment de la campagne présidentielle, votre premier candidat était Bruno Le Maire. Je me souviens que le slogan de Bruno Le Maire à l’époque était « le renouveau, c’est Bruno »… Vous venez de dire, je reprends vos termes, que le « renouveau » de la France passe par les territoires. Là-dessus nous vous soutenons. Si le renouveau passe par les territoires, et si le renouveau c’est le Bruno et qui a la main sur les finances publiques, alors pourquoi ne réussissez vous pas à vous faire entendre auprès de vos amis ? Ce matin, en vous écoutant on a l’impression que vous êtes passé du « renouveau c’est Bruno » à « le cauchemar, c’est Edouard »!

Quand on veut donner des leçons, il vaut mieux être exemplaire. C’est là où votre argumentation perd sa force. J’en veux pour preuve les éléments financiers qui sont proposés aujourd’hui. Nous devons débattre des orientations budgétaires. Quoi de mieux pour discuter des orientations budgétaires que de lire les rapports de la Cour des Comptes. Et que dit la Cour des Comptes ? Elle dit ce que nous disons, depuis bientôt deux ans: la Normandie, je cite, « se caractérise par une baisse marquée de ses produits de fonctionnements et une augmentation des charges de fonctionnement » et que « la Région Normandie subit l’une des plus fortes dégradations en termes d’épargne. Moins 30% pour l’épargne brute, moins 21% pour l’épargne nette ». Ce qui veut dire qu’en 4/5 ans, à ce rythme-là, vous auriez mangé, gaspillé, gâché ce que les les majorités précédentes vous avaient légué en termes de capacités d’investissement. Nous vous disons « attention! ». Nous le disons depuis quelques temps déjà, nous le disons encore plus fort aujourd’hui, surtout quand vous vous permettez d’exprimer des craintes pour l’avenir concernant la baisse des dotations de l’Etat. Le rythme auquel vous dépensez, en particulier en fonctionnement, est un rythme qui n’est pas soutenable pour la Région. On sait à la fin qui en subirait les conséquences: les Normands, et d’abord les plus modestes.

Vous avez dit « puisque l’Etat renonce à soutenir les territoires, en 2018 la Région va renoncer à certaines subventions, à certaines aides ». Vous avez d’ailleurs déjà commencé de le faire. Mais n’y a-t-il pas contradiction entre cette volonté de faire payer par des baisses de subventions les petites associations, les organisations locales, les clubs de sports, les associations de la culture, de la solidarité, alors que dans le même temps vous engagez des dépenses pour le moins discutables ?

Je prends quelques exemples. Je ne reviens pas sur l’affaire du logo pour la Région Normandie, astucieusement appelé « Normandie »… qui a coûté 140 000€. Vous venez de créer une énième agence, l’agence d’attractivité pilotée par votre ami Philippe AUGIER: un budget de 2 millions, dont 70% de dépenses de fonctionnement ! Et en matière d’investissement, 150 000€ pour faire un site internet et 450 000€ pour faire… des panneaux « Bienvenue en Normandie ».. Est ce bien raisonnable?

Nous soutenons bien sûr la volonté régionale de renforcer l’attractivité de la Région; mais peut-être que des associations qui vont voir d’un côté leurs subventions régionales diminuer l’année prochaine vont se demander, légitimement, pourquoi de l’autre côté on dépense 450 000€ pour faire des panneaux « Bienvenue en Normandie » ou 90 000€ pour emmener, aux frais de la Région c’est à dire du contribuable normand, 3 élus, 3 collaborateurs de cabinet et 6 journalistes (oui, six!) en Corée, en Chine et en Australie.

Il y aurait pourtant bien des sujets réellement importants pour les Normands sur lesquels investir. Je pense en particulier à l’Education. Céline Brulin parlait à l’instant des étudiants en kiné. Je rappelle que pour les étudiants rouennais le coût des études va être multiplié par… 25! Ils vous ont écrit et votre réponse, c’est le moins que l’on puisse dire, n’est pas une réponse de compromis. Au conseil académique, votre projet de « lycée du futur » (encore un beau slogan) a fait l’objet d’un vote unanime… contre. Quant à la filière Bac Pro Systèmes Numériques, elle est toujours dans une grande inquiétude face à ce projet de centralisation à Condé-sur-Noireau de formations qui auparavant étaient dans les territoires. Quand vous parlez de « tentation girondine », on pourrait vous rétorquer que ce risque existe aussi à votre niveau, au niveau régional. Franchement, demander à des parents d’élèves d’envoyer des enfants de Cherbourg à Condé-sur-Noireau, c’est une décision qui n’est pas simple à prendre. A tout le moins, la Région devrait apporter les garanties les plus élevées à ces parents d’élèves qui ont le droit au meilleur pour leurs enfants.

Donc l’éducation, l’éducation publique pourrait, devrait être votre priorité. Ce n’est pas le cas. Je ne reviens pas sur les IFAS et les IFSI. Les lycées publics, les lycées professionnels, sont en grande attente et ne sont pas assez écoutes. Vous aimez beaucoup la com’, ce qui est clinquant, ce qui brille, les grands slogans, les grandes manifestations… Mais il y a aussi le quotidien de la Région. Il y a les Normands, tout simplement, que vous avez parfois tendance à oublier.

Je termine par un sujet essentiel: le développement de la Normandie et de la Vallée de la Seine. Je vous redis le message que nous avons essayé de vous faire passer lors des précédentes séances plénières. Pour réussir la Normandie, vous avez besoin de toutes les forces de la Normandie. Nous avons quelques grands projets. Je pense au développement de la Vallée de la Seine, qui ne doit pas se limiter à l’axe Rouen/Le Havre mais qui doit irriguer tous les territoires, en particulier ceux de l’ex-Basse-Normandie qui parfois se sentent un peu oubliés.

Vous avez, au début de votre mandat, lancé le G6. Je ne sais pas où est le G6 aujourd’hui. Il figure aux abonnés absents. Pourtant on en aurait bien besoin pour porter tous ensemble, toutes sensibilités politiques confondues comme dans d’autres régions, les grands projets pour notre territoire. Nous vous redisons notre disponibilité pour faire un pack Normand. Le CESER, que visiblement vous ne portez pas dans votre cœur, peut aussi être une force. Il avait été lors de l’élaboration des CPER et du CPIER précédents, une force d’appoint de la société civile, avec les chambres de commerce et les autres organismes, pour porter ces projets ensembles. D’autres régions le font, elles réussissent mieux que nous là-dessus. Le dernier exemple concret d’avancée pour la Région, à l’époque les Régions ex-Haute et Basse-Normandie, c’était le CPIER. Un milliard d’euros pour la Région. On peut dire ce qu’on veut mais c’était du concret, du sonnant, du trébuchant. Aujourd’hui, il n’y a rien de nouveau. Il y a un vrai risque qu’à la compétition entre les territoires nous finissions non pas gagnants, mais perdants. Je ne dis pas qu’être rassemblés sera suffisant, mais cela nous paraît à tout le moins nécessaire. Pour réussir la Normandie, nous vous proposons de faire un peu moins de com’ et d’écouter un peu plus les Normands.

Je vous remercie.

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