Trois propositions pour faire avancer la Normandie

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« Trois propositions pour faire avancer la Normandie »

Mon intervention en séance plénière régionale lundi 26 juin 2017

Monsieur le Président,

Mes chers collègues,

Monsieur le Président du CESER et membres du CESER,

Tout d’abord je voudrais au nom de mon groupe m’associer à vos félicitations pour tous les nouveaux élus, je pense en particulier aux élus havrais – le nouveau maire M. Luc Lemonnier -. Féliciter aussi, de manière républicaine, Edouard Philippe pour sa nomination comme Premier Ministre, et lui souhaiter la réussite de la France, dans le respect des convictions de chacun. Tout le monde sait dans quel état d’esprit nous avons travaillé tous les deux pour le territoire normand, en l’occurrence ex-haut-normand, et le territoire havrais. Ce rassemblement a été fructueux et utile à notre région; j’espère qu’il en sera de même pour la France.

Je tiens à féliciter également tous les nouveaux parlementaires, singulièrement les députés normands. Quelqu’un a dit un jour que pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient. Nous pouvons donc souhaiter à nos nouveaux députés Normands, sans taquinerie ni arrière-pensée bien sûr, de savoir à la fois d’où ils viennent et… où ils vont.

Je voudrais remercier le Gouvernement précédent, sous l’autorité du Président de la République François Hollande et saluer en particulier l’action du Premier Ministre Bernard Cazeneuve, qui a fait beaucoup pour l’intérêt général et pour la Normandie. C’est à lui que nous devons la réunification, ne l’oublions pas. Je pense aussi à son action avec les collectivités locales pour le Mont-Saint-Michel, site extraordinaire dont nous espérons qu’il puisse demain porter toujours plus haut, avec d’autres, l’attractivité de notre région.

Monsieur le Président, vous avez mentionné un certain nombre de sujets qui sont à l’ordre du jour de la séance. Comme d’habitude vous avez livré une description très ‘positiviste’ de votre action et des mesures que vous proposez – nous soutiendrons un certain nombre d’entre elles. Tout ce que vous faites est naturellement formidable!

Au-delà de quelques commentaires de formes, je voudrais vous faire part de certains points d’inquiétude et formuler trois propositions concrètes.

Quelques commentaires de forme sur la notion d’investissement. Vous avez indiqué avec fierté que l’investissement en 2016 s’est élevé à « 412 millions d’euros, soit 10% de plus que l’année précédente ». C’est vrai. Mais vous auriez pu rappeler aussi que c’est un niveau d’investissement  assez largement inférieur aux années précédentes (2014, 2013…). En réalité nous sommes dans un niveau d’investissement moyen, dans le sens littéral du terme. Nous ne sommes pas dans un grand bond en avant de l’investissement. On constate, en revanche, une augmentation importante des dépenses de fonctionnement.

Nous voulons également appeler votre attention sur les risques et les inquiétudes dont nous font part un certain nombre d’acteurs de la région. Je pense aux personnels et enseignants, lycéens, parents d’élèves dans les lycées publics de la région. Vous connaissez le débat sur la filière Bac-Pro Systèmes Numériques et la centralisation de cette filière, qui semble être reportée mais qui n’est pas remise en cause sur le principe alors que les personnels et les parents d’élèves s’inquiètent – nous vous avons déjà alerté à ce sujet.

Je pense à la Cité des Métiers qui était jusqu’à présent, dans l’ex-Basse-Normandie, adaptée aux réalités et spécificités de ses territoires qui sont pour certains des territoires peu denses et ruraux et qui ont besoin d’une action au plus proche des demandeurs.

Je pense aux acteurs de la Culture qui s’inquiètent de mesures qui sont prises, de réduction, de diminution, voire de suppression d’un certain nombre de politiques qui étaient reconnues et jugées utiles. Je pense à la politique de soutien à l’achat d’instruments de musiques ou de partitions. Cela peut paraître anecdotique mais c’était important pour les acteurs culturels, le monde enseignant, les associations, les parents d’élèves, pour favoriser l’accès à la musique.

Voilà pour quelques points de fond qui vous nous occuper aujourd’hui. Je voudrais poursuivre mon propos en vous faisant trois propositions qui feront le lien entre le débat national de ces six derniers mois et ses conséquences locales.

La première proposition que je voudrais formuler concerne l’abstention. Nous avons constaté un très haut niveau d’abstention aux élections présidentielles et législatives -notamment au deuxième tour. Je crois que cette montée très inquiétante de l’abstention doit préoccuper tous les élus républicains, au sens littéral du terme. Nous pouvons faire le constat, et j’en prend tout à fait ma part, que nous sommes collectivement mauvais par rapport à cela. Au fur et à mesure des élections, droite, gauche, et centre, nous constatons que l’abstention augmente et que les votes extrêmes augmentent également en nombre de voix. Je crois qu’il est important de nous préoccuper de ce sujet collectivement. Je voudrais donc vous proposer, je sais bien que cela ne relève pas des compétences au sens strict de la Région mais cela peut intéresser les élus quel que soit leur bord, de travailler ensemble à explorer de nouvelles voies pour tout simplement être plus proches de nos concitoyens, pour combattre ensemble l’abstention. Il y a beaucoup à faire, mettons les choses sur la table et travaillons ensemble.

La deuxième proposition concerne le nombre singulièrement élevé d’élus normands au Gouvernement. Issus de bords politiques différents, trois de la droite, dont le Premier ministre, un de la gauche; c’est une opportunité pour notre territoire.  En 2013/2014, nous avions collectivement signé, avec Edouard Philippe d’ailleurs, des engagements et des demandes auprès de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre de l’époque, qui avaient abouti à ce qu’on a appelé ensuite les contrats de plan régionaux et interrégionaux. S’ils sont certainement critiquables, cela correspondait quand même à plusieurs centaines de millions d’euros, plus d’un milliard d’euros même, pour l’ensemble des territoires ex-haut et bas-normands et qui aujourd’hui structurent la quasi-totalité des grands investissements. Je pense par exemple aux investissements portuaires, pour les énergies marines renouvelables, en matière de numérique, en matière économique et foncière, pour l’ensemble du territoire. Donc un cadre structurant très important.

Peut-être y-a-t-il matière, avec ce nombre important de ministres, qui bien sûr président à l’intérêt général mais qui je l’espère n’aurons pas oublié leurs racines, de former à nouveau, comme en 2013, un pack normand, avec les élus, avec la société civile et pas seulement le monde économique même s’il est très important – je pense par exemple au CESER qui a beaucoup agi pour le développement de la vallée de la Seine – et que là encore nous puissions rassembler les énergies. Nous vous faisons cette proposition pour porter les dossiers normands. Vous en portez déjà un certain nombre, et c’est tant mieux; nous vous proposons de rassembler nos forces car nous en avons besoin et nous pouvons profiter de ce moment pour avancer sur les projets structurants pour notre Normandie.

Ma troisième proposition porte sur l’attractivité. Vous avez souligné l’action, avec des accents triomphateurs, que vous avez engagée, et qui était effectivement un de vos arguments de campagne, pour développer l’attractivité de la Normandie. Une des principales mesures consistent en l’élaboration d’une nouvelle agence, l’Agence de l’Attractivité basée au Havre et présidée par Philippe Augier, pour développer la marque Normandie. Première remarque, peut-être anodine mais qui pour moi est importante : vous indiquez, je vous cite: « il s’agira pour cette agence d’une plate-forme extrêmement légère ». Nous vous avions écrit un courrier, le 18 novembre dernier, dans lequel nous vous demandions tout simplement le coût de la mission d’étude du cabinet (parisien) qui s’était occupé de l’élaboration de cette marque. Nous n’avons pas eu de réponse, je repose donc la question. Vendredi nous avons découvert que la nouvelle marque de la Normandie sera le mot… Normandie. Je ne suis pas certain qu’il y ait beaucoup d’originalité là-dedans. Raison de plus pour connaître le coût de la prestation du cabinet qui a eu cette idée brillante.

Nous voudrions aussi connaître le coût de fonctionnement de cette nouvelle agence. Les rumeurs, je ne sais pas si elles sont fondées, parlent de plusieurs centaines de milliers d’euros, voire un million d’euros de dépenses de fonctionnement par an. J’espère que ce ne sont que des rumeurs -le plus simple serait de donner les chiffres. Cela rétablira la vérité et évitera aux Normands de penser que l’on dépense leur argent inconsidérément. Quel est, donc, le budget prévu pour cette nouvelle agence qui s’occupera du marketing territorial quand, dans le même temps, un grand nombre d’acteurs Normands auraient bien besoin du soutien financier public régional? J’espère que nous aurons, cette fois, une réponse.

L’enjeu de l’attractivité est simple. Il s’agit à la fois de s’appuyer sur les atouts bien connus de notre Région, et en même temps de faire progresser cette marque, vers l’innovation, vers l’excellence économique, vers notre monde culturel si riche et si dynamique, par exemple. Bref, vers la réalité moderne de la Normandie.

Il y a un domaine sur lequel je crois que vous auriez intérêt, pour la Région, à prendre le leadership : l’environnement. Vous ne l’avez pas même cité. Vous êtes pourtant impliqué, au titre de la Région, dans le soutien au développement des énergies marines renouvelables, à Cherbourg, au Havre, au large de Fécamp, au Tréport.

Vous avez vu qu’au plan national, la France s’est engagée samedi dernière de manière très forte, pour un pacte mondial pour l’environnement. Nous vous proposons que la Normandie prenne la tête des Régions vers l’excellence environnementale: pour le climat, la biodiversité, les énergies renouvelables et la sobriété énergétique, la santé aussi. Voilà qui pourrait être un excellent marqueur de l’attractivité Normande -la vraie, la moderne, au-delà des slogans et des effets de mode. Voilà qui pourrait être un vrai vecteur de développement pour notre Normandie.

Plutôt que de payer avec de l’argent public des cabinets et des agences à faire du marketing, je vous propose que nous concentrions nos efforts sur de vrais enjeux, à la fois pour les Normands et pour la Normandie.

Je vous remercie.

Nicolas Mayer-Rossignol

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