« Le Président de Région doit écouter et rassembler tous les Normands »

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« Le Président de Région doit écouter et rassembler tous les Normands; en Normandie, on peut se demander si cela est bien le cas »

Mon intervention en séance plénière régionale lundi 3 avril 2017

Monsieur le Président,

Mes chers collègues,

Monsieur le Président du CESER et membres du CESER,

Je voudrais d’abord saluer les personnels régionaux – je profite du fait que nous sommes sur le site de Rouen, en particulier – avec qui, dans le cadre de la précédente mandature, nous avons beaucoup travaillé. Nombreux sont ceux qui s’interrogent, 18 mois après la fusion. Certains sont déboussolés, n’y voient pas clair sur le plan professionnel. Ils attendent plus d’écoute de votre part, Monsieur le Président, plus de cohérence dans les missions qui sont les leurs.

Ils demandent également, par souci de clarté, que vous nous précisiez comment vous comptez mettre en œuvre, en Normandie, les mesures du programme du candidat à l’élection présidentielle que vous soutenez, François Fillon. J’en cite quelques-unes :

  • l’augmentation dans la fonction publique du temps de travail à 39h hebdomadaires,
  • la suppression de 500 000 emplois publics en France – combien en Normandie ?
  • le passage à 2 jours de carence,
  • la diminution de 100 milliards de la dépense publique  – combien en Normandie et pour quels services publics concernés ? Il faut le dire précisément. Cela éclairera tous nos concitoyens sur la Normandie que vous voulez, demain.

Mon collègue Sébastien Jumel a pris l’exemple de la santé. Nous savons l’importance de cet enjeu-là en termes de services public, en particulier dans les territoires éloignés des grandes métropoles, mais pas uniquement. Que voudrait dire « diminution de 100 milliards de la dépense publique » pour les services publics de santé en Normandie ? Les hôpitaux, les réseaux locaux de santé, les EHPAD… que vont ils devenir? Vous êtes un soutien important du candidat François Fillon, c’est une mesure fondamentale de son programme. 100 milliards, ce n’est pas rien! Nous souhaiterions savoir précisément les conséquences de ce programme de baisse massive, de casse pour les services publics en Normandie et donc pour les Normands.Monsieur le Président, je voudrais saluer votre initiative d’avoir mis en place les journées « Normandie pour la Paix ». C’est une première démarche, une préfiguration si j’ai bien compris, et nous nous sommes exprimés à plusieurs reprises en faveur d’une telle initiative, qui est parfaitement cohérente, sur le principe en tout cas, avec l’Histoire et la vocation de notre Région. Si vous me le permettez, je voudrais simplement faire deux ou trois suggestions.

La première : s’il vous plait, changez de nom. « Davos pour la paix »… D’une part, Davos ce n’est pas la Normandie; d’autre part, au moins pour moi et pour mon groupe politique, Davos n’est pas synonyme de paix, mais plutôt de guerre économique.

Deuxièmement, le lien avec le classement des plages du Débarquement au Patrimoine Mondial de l’UNESCO est important. Il nous semble que le lien entre l’initiative ‘Normandie pour la Paix’ et le projet de classement des plages, qui avait été lancé par les précédentes majorités de Basse-Normandie avec Laurent Beauvais, pourrait être plus affirmé.

Troisième suggestion, un appel à projets pour les lycéens normands. Vous avez invités des jeunes lycéens à ces journées, et nous saluons ce geste, mais il nous semble qu’un appel à projet plus large, à l’échelle de tous les lycées et CFA de notre région, serait intéressant.

Dernier point : une cohérence avec les autres politiques régionales. Par exemple nous avons trouvé baroque qu’on promeuve la paix et que dans le même temps, votre premier déplacement à l’étranger en tant que Président de Région soit en… Russie. Peut-être aurait-on pu trouver plus cohérent?

De la même façon, votre position sur les migrants. Vous avez parlé de « mini-Calais », avec un discours anxiogène. Aujourd’hui, de l’aveu même de la Préfète Mme Klein, que je salue et qui a quitté notre région, les choses se passent globalement bien en Normandie, même si ce n’est jamais simple. Là aussi je crois que la Région Normandie pourrait aussi donner l’exemple, dans les actes comme dans les discours.

Je voudrais aussi saluer les bonnes nouvelles sur les usines de pales à Cherbourg. Vous l’avez dit lors de la pose de la première pierre, en remerciant le travail collectif qui a été mené sur ce projet et que vous avez prolongé avec les élus locaux actuels. Je pense évidemment à Laurent Beauvais, à Jean-François Legrand, à Benoît Arrivé, à Bernard Cazeneuve. Cette façon de travailler ensemble est absolument indispensable. Nous vous avons proposé, pour ce qui concerne Le Havre, de travailler ensemble aussi, pour défendre les intérêts de ce territoire. Un peu comme à Cherbourg, les collectivités locales, la CODAH et l’ex-Haute-Normandie à l’époque, ont investi beaucoup sur la rénovation des quais, du port pour pouvoir accueillir cette filière sur Le Havre. Nous sommes toujours, évidemment, à votre écoute et disposés pour avancer ensemble, parce que c’est un projet d’intérêt général.

Je voudrais mentionner aussi la Recherche. Effectivement il y a l’enjeu de la formation, mais il y a aussi l’enjeu de la Recherche. Nous avions lancé sur place, il y avait déjà des chercheurs, le projet d’un Centre de recherche et de développement au Madrillet, au Sud de Rouen, et nous voudrions savoir où ce projet en est. Evidemment ce n’est pas facile, cela est lié aux incertitudes globales sur la filière, mais je voudrais que l’on n’oublie pas ce projet car c’est un projet d’intérêt aussi pour le territoire métropolitain rouennais et pour la Seine-Maritime.

Vous avez parlé de la filière numérique et de son importance. On ne peut qu’y souscrire, mais je fais le lien avec un sujet d’actualité : la volonté régionale de regrouper, et donc d’affaiblir, la filière Bac Pro Systèmes Numériques à Condé-sur-Noireau. Vous savez qu’il est question de passer un certain nombre de formations de cette filière Bac Pro de Cherbourg, de la Ferté-Macé, de Dives-sur-Mer, de Saint-Lô, de Granville, à Condé-sur-Noireau. Ce qui voudrait dire concrètement que pour des parents d’élèves, je vais prendre l’exemple de Cherbourg, il faudrait demain accepter d’envoyer leurs enfants à un peu moins de 2h de route, jusqu’à Condé-sur-Noireau, dans des conditions d’hébergement qui aujourd’hui ne sont absolument pas satisfaisantes, et qui ne sont pas réglées, de l’aveu même du Recteur et de vous-même puisque que la décision a finalement été repoussée d’un an. C’est reculer pour mieux sauter. Nous vous demandons tout simplement de maintenir des implantations locales, et d’investir sur les sites actuels pour conforter les plateaux techniques.

C’est le même sujet pour l’ESIX, antenne de l’école d’ingénieurs à Saint-Lô, et c’est le même sujet, de manière plus large, pour les services publics. Vous nous proposez une délibération intéressante sur la rénovation des centres-bourgs. Très bien. Mais vous pouvez rénover toutes les fontaines, tous les ronds-points, tous les parvis des villes et des villages de la région: s’il n’y a plus de lycées, plus d’instituts de formation, plus d’hôpitaux, plus de trains, plus de services publics, l’attractivité de ces territoires ne sera qu’affaiblie. Vous avez vu la mobilisation des élèves, des enseignants, des personnels sur la filière Bac Pro Systèmes Numériques. Bien sûr qu’il y a une part rectorale dans cette décision; mais c’est aussi à la Région de mettre en place les moyens, sur le plateau technique, sur les déplacements et sur l’hébergement. Nous vous demandons de revenir sur cette décision qui n’est pas bonne, ni pour la formation des jeunes Normands ni pour l’aménagement des territoires.

Je voudrais maintenant aborder l’enjeu du Mont-Saint-Michel. Nous vous avions interpelé à ce sujet lors d’une séance plénière précédente; nous n’avons pas réellement eu de réponse. Ce site, reconnu comme l’un des plus beaux, si ce n’est le plus beau, de notre Région et de France, est aujourd’hui à l’arrêt. Quel paradoxe alors que Rouen a accueilli les « Rendez-vous en France », la réunion de tous les tours-opérateurs, les professionnels du monde du tourisme, il y a quelques jours. Un très beau succès pour toute la région, que l’on doit à la collectivité régionale, à la mobilisation des acteurs locaux, de la métropole rouennaise. Alors que dans le même temps, un de nos plus beaux fleurons, dont vous êtes pourtant le Président, est à l’arrêt. C’est extrêmement inquiétant. Pas seulement pour le Mont-Saint-Michel, mais pour le territoire – le Sud Manche, la baie – tout entier et ses élus locaux, qui sont très inquiets.

Puisque nous sommes à Rouen, je voudrais évoquer les concerts de la Région. Voilà une manifestation qui était très appréciée. De nombreux Normands qui y venaient, sans esprit partisan, de territoires très différents, se demandent pourquoi vous avez décidé de supprimer cet événement qui était tout simplement populaire, accessible et qui n’avait finalement pour seul « défaut » que d’être à Rouen, dans l’ex-Haute-Normandie, et d’être une politique portée par une ancienne majorité qui n’est pas la vôtre.

Vous allez me dire « c’était trop cher, etc. ». Je vous fais une proposition : je vous invite à déjeuner, dès ce midi. Allons ensemble sur les quais, par exemple près des Docks 76, discuter avec les riverains, avec les commerçants, les restaurateurs, qui vous diront quel retour sur investissement public cela représente pour eux. A 5 ou 6 euros par visiteur, imaginez le retour sur investissement pour les restaurants, sur les hôteliers, et aussi tout simplement sur les retombées économiques, sociales et culturelles. Vous nous aviez promis une délibération sur la politique régionale culturelle au début de l’année, en janvier. Puis cela a été repoussé pour mars; maintenant c’est pour mai. C’est une politique importante. Elle est tellement importante à vos yeux que c’est la dernière qui n’est toujours pas actée! C’est regrettable et cela nous inquiète. Nous ne voudrions pas que dans la nouvelle Région, le budget pour la politique régionale culturelle soit diminué. Nous vous posons donc la question : allez-vous maintenir les crédits pour la Culture dans la Région Normandie ? Je pense aux Concerts mais cela va bien au-delà évidemment. Et accepterez-vous mon invitation à déjeuner ?

Je voudrais conclure en évoquant le Haras du Pin. Par courtoisie je ne lirai pas le texte publié hier par votre ami, Alain Lambert. D’ailleurs c’est inutile, la plupart d’entre vous l’ont visiblement déjà lu. Mais j’en tire deux enseignements : le fameux « G6 » est mort. En moins de 18 mois – la missive de M. Lambert en dit long sur l’état des relations entre la collectivité régionale et le Département -, il y a eu beaucoup de communiqués de presse, peu d’actions réelles. Aujourd’hui cette collaboration est à l’arrêt.

Deuxième enseignement, sur le fond : au-delà des échanges épistolaires, le Haras du Pin est en bien mauvaise posture. Beaucoup d’élus locaux, de tous bords, s’en inquiètent. C’est à l’Orne de présider le Haras, comme d’ailleurs la Manche le fait pour Pôle Hippique de Saint-Lô. En revanche, c’est à vous, Président de Région, de créer le rassemblement, l’écoute, les conditions d’une dynamique collective.

Sur l’Orne, sur le Sud Manche, à Rouen, au Mont-Saint-Michel, au Haras du Pin, il y a aujourd’hui des territoires, des habitants, des Normands, qui se sentent oubliés, parfois visiblement méprisés, par la Région. Nous vous demandons à nouveau, en tant que Président de Région, de créer les conditions de l’écoute et du rassemblement de tous les territoires et de tous les Normands. 

Je vous remercie.

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