Agir sur l’essentiel, écouter les Normands : mon intervention en séance plénière régionale

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Monsieur le Président,

Monsieur le Président du CESER,

Mesdames et messieurs les conseillers régionaux, chers collègues,

Je vous ai écouté, Monsieur le Président, avec attention. J’ai noté, comme lors des dernières séances plénières, beaucoup d’autosatisfaction. Vous avez tout juste, vos prédécesseurs tout faux, etc. Tout cela fleure bon la politique ancienne, j’espère que nous en sortirons un jour. Il me semble important de se garder de ce ton d’assurance qu’il est si facile de prendre et si dangereux d’écouter.

Par ailleurs, et c’est nouveau, vous avez indiqué des coupes à venir dans les services publics de la Région, les justifiant par les baisses de dotation de ce méchant gouvernement de gauche. Cela est très inquiétant pour les partenaires de la région, je pense aux associations et aux lycées publics notamment. Je pense aussi aux personnels de la région, malmenés depuis un an, et qui ont malheureusement de nouvelles raisons de s’alarmer.

Je voudrais aussi préciser à notre assemblée qu’un des deux impétrants depuis hier, M. Fillon, propose, et c’est un élément central de son programme, une réduction de plus de 100 milliards d’euros de la dépense publique, dont une bonne partie au détriment des collectivités locales. Vous nous expliquerez probablement que ceci est bien meilleur que ce qui est fait aujourd’hui.

Monsieur le Président, permettez-moi tout d’abord de saluer l’envol de Thomas Pesquet, né à Rouen, lycéen à Ango à Dieppe, et son arrivée sain et sauf dans la station spatiale internationale. Quelle fierté pour notre région ! Je vous réitère la proposition que nous avons formulée avec la députée Valérie Fourneyron d’organiser un grand événement autour de la mission de Thomas Pesquet, pendant son séjour dans l’espace ou après son retour sur terre, en conviant des jeunes normands. Thomas s’était déjà volontiers prêté au jeu en 2015 ; il est un exemple pour la jeunesse normande, ce projet n’a rien de partisan et doit pouvoir nous rassembler tous.

Thomas Pesquet est donc sur orbite. Bruno Le Maire, lui, non. Si je ne me trompe pas, Monsieur Sarkozy non plus. Un grand nombre de membres éminents de la droite normande, dont vous-même, Monsieur le Président, ont été des soutiens déterminés, autour de Monsieur Sarkozy et autour de Monsieur Le Maire qui finit cinquième, à 2,4%. Cette défaite de M. Sarkozy et de M. Le Maire, c’est un échec de la droite normande.

Tous les pronostics ont été déjoués. C’est à méditer pour l’avenir. Il pourrait y avoir d’autres surprises, dans d’autres élections.

Le 9 novembre dernier, cette crise de la démocratie a pris un nouveau visage, celui d’un démagogue, misogyne, climatosceptique. Trump. Il faudra du temps pour comprendre pleinement ce résultat. Mais il me semble que l’on peut en tirer au moins deux enseignements immédiats.

Le premier est criant : cette élection, c’est la défaite de tous les progressistes, à gauche mais aussi à droite. Partout dans le monde occidental, et la Normandie n’échappe pas à cette vague, les valeurs humanistes, de solidarité, de tolérance, sont remises en cause. Toutes celles et ceux qui sont attachés à ces valeurs, quelle que soit leur appartenance politique, doivent se battre pour les défendre. Sur la question des réfugiés, je vous avais demandé, ici même, de prendre une position à la hauteur de l’Histoire de notre Région, faite de solidarité et de paix. Vous l’avez refusé, vous avez préféré agiter les peurs et jouer les uns contre les autres. C’est un jeu dangereux. Le deuxième tour de la primaire de la droite se tiendra dimanche prochain. Puis viendra l’élection présidentielle. Je le dis à tous les républicains, au bon sens du terme : si le combat politique est légitime, gardons nous de cet extrémisme qui obscurcit notre jugement et flétrit nos valeurs.

Le deuxième enseignement trouve un écho particulier dans l’actualité régionale. L’extrémisme et la démagogie se nourrissent de ce sentiment d’exclusion qui pousse les français, les normands, dans les bras des extrêmes. L’existence d’une France « périphérique », de territoires oubliés, laissés pour compte de la mondialisation, est une réalité dont il ne faut pas se détourner. Face à cette réalité, les collectivités locales ont un rôle essentiel à jouer pour renforcer les services publics. La réponse à la crise économique et démocratique doit tendre vers plus de service public, plus de proximité.

Vous pourriez agir en ce sens. Malheureusement, vous nous proposez l’inverse. C’est la raison pour laquelle je m’inquiète de vos propos liminaires, Monsieur le Président, sur la réduction de l’action publique régionale que vous annoncez d’ores et déjà. Fin octobre, vous annonciez sans aucune concertation, la fermeture de deux Instituts de formation en soins infirmiers et de neuf Instituts de formation d’aide soignants, à Alençon Mamers, Argentan (Orne), Bernay (Eure), Caen EPSM, Honfleur (Calvados), Le Havre Coty (Seine-Maritime), Coutances et Saint-Martin-des-Champs (Manche). Nous vous avions alerté, par courrier. Vous n’avez même pas daigné nous répondre.

Comment imaginer, dans des territoires souvent ruraux, déjà largement touchés par une pénurie de professionnels de santé dans un contexte de vieillissement de la population, que l’on ferme neuf établissements de formation, dont certains d’entre eux avaient d’ailleurs fait l’objet d’investissements importants il y a quelques mois, quelques années à peine ? Cette décision, nous l’avons immédiatement dénoncée et combattue car elle est injustifiable.

Vous allez me répondre que c’est la faute de l’Etat. Mensonge. Rien n’obligeait à fermer des IFSI, une éventuelle baisse du nombre d’étudiants aurait pu sans problème être répartie entre les établissements existants. Quant aux IFAS, c’est à la région et seulement à la région que revient la responsabilité de leur gestion. C’est donc votre décision, c’est votre choix, c’est votre responsabilité.

Vous allez me répondre que l’on y fabrique des chômeurs. Mensonge. La très grande majorité de ces instituts, en particulier les IFAS, affiche des taux d’employabilité excellents.

Vous allez me répondre que ce n’est pas grave, que les étudiants n’auront qu’à aller se former dans les autres instituts, dans les grandes villes. Vous devriez savoir que cela ne fonctionne pas comme cela. Toutes les études montrent que la mobilité géographique est le premier frein à la formation. Parce que se déplacer, ça coûte. Quand on ferme un établissement, c’est coup terrible porté à l’ensemble du territoire.

Vous allez me répondre que les établissements de Falaise et Vire ne fermeront pas, grâce à votre sens du dialogue. La vérité est toute autre. La réalité, c’est que s’il n’y avait pas eu des centaines de personnes dans la rue à Falaise ou à Vire, vous n’auriez pas reculé et vous auriez fermé ces établissements. C’est la mobilisation de milliers de Normands que je salue, étudiants, personnels infirmiers et aides soignants, personnels techniques et administratifs, élus locaux, qui vous a fait reculer.

Monsieur le Président, il y a encore une mobilisation très forte. Je pense par exemple à Alençon, à Argentan, à Saint-Martin-des-Champs et nous vous demandons, tout simplement, de l’entendre.

Cette mobilisation ne faiblit pas. Une pétition a recueilli plusieurs milliers de signatures pour sauver l’IFAS d’Argentan.  Nous serons mobilisés jusqu’au bout. Nous vous demandons un traitement juste et équitable des territoires. Vous promettiez de mettre le paquet sur la Formation, ce que nous approuvons… et votre première décision en la matière consiste à fermer près d’une dizaine d’instituts de formation, dans des territoires qui en ont pourtant cruellement besoin : où est la cohérence ?

Monsieur le Président, écoutez les Normands. Écoutez les territoires, les élus de tous bords qui vous disent : renoncez à ce projet absurde, irréfléchi, précipité, néfaste pour la Normandie et les Normands.

Monsieur le Président, chers collègues,

En décembre, en ex-Basse et ex-Haute-Normandie, nous votions le budget de l’année suivante. Cela permettait de donner de la visibilité et de la sécurité à tous les acteurs, lycées, entreprises, associations, qui dépendent de ce budget pour bien fonctionner.  Cela permettait aussi aux personnels de la Région de travailler dans de bonnes conditions. Aujourd’hui nous voterons une décision de modification du budget de 3 millions d’euros et nous ne voterons pas le budget 2017. Il ne le sera qu’en février, au mieux.

La Région prend du retard. L’excuse de la réunification est facile. Cela fait maintenant près d’un an, ce n’est plus une excuse valable. Plutôt que d’humilier Cherbourg, en vous préoccupant de la pluie et du beau temps, il aurait été utile, tout simplement, de voter le budget dans les temps. Se concentrer sur l’essentiel, écouter les territoires et les Normands: voilà ce que nous vous demandons.

Je vous remercie.

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