Ce que nous demandons pour la Région, c’est du sérieux et des actes

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(c) David Morganti

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Séance plénière de la Région Normandie du 24 mars 2016, intervention de Nicolas Mayer-Rossignol

Monsieur le Président,

Mesdames et messieurs les Conseillers régionaux, chers collègues,

Mesdames et messieurs les membres du CESER,

Permettez-moi tout d’abord au nom du groupe Socialistes, Radicaux et Citoyens d’avoir une pensée pour les victimes des attentats odieux qui ont frappé Bruxelles ce mardi. Ces événements terribles nous rappellent cruellement la menace qui pèse sur tous les pays d’Europe, puisque c’est l’Europe elle-même qui était visée par ces attaques. Nous ne sommes plus épargnés par la barbarie, cette même barbarie qui touche chaque jour le Moyen-Orient. Devant une telle menace, le Gouvernement réagit avec sang-froid et détermination. Toutes les mesures nécessaires sont prises pour garantir la sécurité des Français. Je tiens ici à témoigner toute ma reconnaissance à nos forces de Police et à toutes les femmes et les hommes qui s’engagent au quotidien pour assurer notre sécurité.

La séance qui nous réunit aujourd’hui, au moins en apparence, est beaucoup plus dense que les deux séances précédentes. En apparence car là encore ce que nous voyons c’est beaucoup de communication, mais peu d’action. Beaucoup de communication car une grande partie des délibérations qui nous sont proposées aujourd’hui n’emportent strictement aucune décision. On ne demande pas à l’assemblée de les voter, mais simplement de donner acte. Ce n’est pas du tout la même chose ni au plan juridique ni au plan politique.

Nous attendons une région responsable et active. La région devrait être un moteur. Au lieu de cela elle est aux abonnés absents sur plusieurs sujets stratégiques pour l’avenir de la Normandie.

En matière de formation, vous affichez certes la volonté d’agir avec l’Etat et le Gouvernement. C’est toujours mieux que votre collègue Laurent Wauquiez en Rhône-Alpes-Auvergne qui fait lui le choix de boycotter le plan gouvernemental. C’est cependant beaucoup moins que nombre de régions françaises, y compris des régions qui fusionnent comme la Normandie. L’île-de-France annonce le triplement de son budget. Les régions Hauts-de-France Nord-Pas-de-Calais-Picardie, ou ALCA (Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes) ont déjà signé des conventions, tout comme la Région Centre-Val-de-Loire. Qu’avons-nous fait, nous, en Normandie ? Rien.

Sur un sujet aussi important pour l’avenir de nos territoires que le développement de la vallée de la Seine, que fait la Région ? Vous avez stoppé les provisions financières en vue de la réalisation de la Ligne Nouvelle Paris- Normandie. Sur la modernisation de la ligne Serqueux-Gisors qui est une priorité nationale et dont l’enquête publique à été ouverte, vous ne proposez rien, aucune délibération, aucun avis de la région sur ce sujet qui mérite pourtant tout le soutien de la majorité régionale. Notre groupe, lui, a déposé sa contribution dans le cadre de l’enquête publique.

Nous attendons également des actes quant aux Energies marines renouvelables en Normandie. Les majorités que nous présidions avaient apporté des investissements considérables sur ces énergies d’avenir : 100 Millions d’Euros pour Cherbourg, près de 70 Millions pour Le Havre. Et que prévoit la Région Normandie aujourd’hui? 500000 malheureux  Euros sont prévus en 2016 à la dernière page du document d’orientations budgétaires…Et qu’en est-il du dossier aussi emblématique que le classement des plages du Débarquement au patrimoine mondial de l’UNESCO? Rien, alors que les majorités que nous présidions en avaient fait une priorité.

Quelle vision, enfin, porte la Région Normandie en matière d’éducation et de citoyenneté? Le 23 novembre dernier vous aviez improvisé dans le cadre de la campagne électorale diverses propositions sécuritaires à visée clairement élctoraliste : financement de portiques dans les gares et les établissements scolaires, vidéoprotection en lien avec les collectivités… De tout cela, il n’est étonnamment plus question. Plutôt que de rester sur des promesses électoralistes sans lendemain, le contexte actuel vous donne l’occasion de faire honneur à la Normandie. La Normandie ce n’est pas n’importe quelle Histoire. Ce n’est pas n’importe quelle Région. Notre terre a un message à porter aux peuples d’Europe et du monde. Un message de liberté et de solidarité. L’Histoire de la Normandie nous oblige. Faites de la Région Normandie la grande Région de l’Education, de la citoyenneté, de la tolérance, de l’histoire et de la connaissance de l’autre, de la culture, du dialogue laïc entre tous ceux qui croient et tous ceux qui ne croient pas. Appuyez-vous sur ce que nous avons fait, avec les lycées et les établissements scolaires, avec les associations, avec l’institut international  des droits de l’homme et de la paix. Prenez position clairement, comme Président de Région, sur l’accueil des réfugiés. Montrez l’exemple. Si vous reprenez notre proposition et vous engagez dans cette voie, nous vous soutiendrons.

Autre inquiétude : les orientations budgétaires que vous nous proposez aujourd’hui. Le Document d’Orientation Budgétaire en atteste, nous vous avons laissé les clés d’une maison en parfait état. La Normandie est aujourd’hui la région la plus solvable de France, la moins endettée, avec la meilleure capacité de désendettement. Son taux d’épargne et son autofinancement comptent parmi les meilleurs de France. S’agissant de l’investissement ne venez pas nous dire qu’il n’y en avait pas, vous qui allez passer les deux trois prochaines années, et c’est normal, à ne faire qu’inaugurer ce que nous avions entrepris (vous l’avez bien vu avec La Chapelle Corneille à Rouen ou le port à sec à Dieppe).

Les orientations que vous nous proposez ont toutes les raisons de nous faire craindre le pire. Notre capacité de désendettement passerait de 1,44 à 5,90 années, elle serait donc divisée par plus de 4. Dans le même temps notre capacité d’investissement n’augmentera même pas: elle restera au même niveau que ces dernières années, c’est à dire environ 450 Millions d’Euros d’opérations nouvelles par an. Simplement cette capacité d’investissement ne sera plus financée par notre épargne, notre bonne gestion; elle sera financée, je cite le DOB page 26, par le « recours massif à l’emprunt  »  – Et encore, ceci sans tenir compte des conséquences financièrement dramatiques de la régionalisation des trains intercites que vous avez décidée. Les chiffres figurent dans le rapport qui nous est présenté aujourd’hui: 27 millions € de déficit supplémentaire par an! L’annonce que vous avez faites de la régionalisation des trains intercités est à nos yeux un jeu de dupes. L’arrivée de nouveaux trains que vous présentez comme une avancée majeure étaient actée depuis juillet 2015. De nombreux articles de presse en attestent. Si vous me passez l’expression, qui fera sens particulièrement pour nos collègues de l’Eure, vous vous êtes fait « berner ». Se pose aussi la question de la compatibilité de ce futur matériel avec la Ligne nouvelle Paris-Normandie. Avec cette régionalisation des intercités, nous pouvons craindre que notre projet régional ne soit plus considéré comme stratégique au plan national. Nous vous avons laissé la Région la mieux gérée de France. Avec ce type de décisions inconsidérées, vous prenez le risque d’en faire, en quelques années, l’une des plus mal gérées.

Ce que nous demandons pour la Région, c’est du sérieux et des actes. Bien sûr on ne fait pas un bilan à trois mois. Mais les tendances qui se dégagent sont inquiétantes. Les marges financières que nous vous avons laissées permettent de maintenir une situation saine pendant deux, trois ans. Ensuite, si l’on suit vos décisions et vos projections, nous allons dans le mur. Vous pouvez, encore, réorienter les choses. Nous vous demandons de quitter le cap de la communication, des choix financièrement dangereux pour notre collectivité, et de prendre celui du sérieux budgétaire et de l’action, sur les grands sujets qui touchent le quotidien de tous les Normands.

Enfin, Monsieur le Président, je souhaiterais vous interroger sur un sujet sur lequel je vous ai déjà écrit au mois de janvier, sans réponse de votre part. Ce sujet, c’est le recours auprès du Conseil d’Etat qui vous permet de cumuler les mandats, contrairement à vos engagements de campagne.

Compte-tenu de l’extrême légèreté des motifs invoqués (une demi-page!), de l’ incapacité de la requérante elle même à rappeler ces motifs lorsqu’elle fut interrogée par la presse, de sa proximité bien connue de sa famille avec plusieurs de vos proches au plan politique, y compris votre propre directeur de campagne aujourd’hui Vice-Président de la Région, nous vous serions reconnaissants de bien vouloir répondre ici, en attestant clairement que ni vous, ni personne de votre équipe n’a, directement ou indirectement, participé à l’élaboration d’un tel recours manifestement « bidon » et destiné à permettre la prolongation du cumul. Si vous nous répondez en ce sens et levez toute ambiguïté, vous rassurerez tous les Normands qui s’interrogent et condamnent ce type de pratique. Dans le cas contraire…

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  • Très bonne intervention, Nicolas ! Merci pour la Normandie si mal traitée Bien à toi et tous
    par LE GAFFRIC Jean-Marie le 28/03/2016

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