« Entendre et agir » : mon intervention en séance plénière du 7 avril 2014

0 commentaire Le par

Séance plénière du Conseil Régional – 7 avril 2014

*****

Intervention de Nicolas MAYER-ROSSIGNOL

Président de la Région Haute-Normandie

Mesdames, Messieurs, Cher(e)s collègues,

Dimanche 23 et 30 mars, nos concitoyens ont choisi celles et ceux qui, pour les six années à venir, géreront les municipalités de France et donc de Haute-Normandie.

A tous les élus issus de ces élections, notamment ceux de nos collègues conseillers régionaux qui y ont pris part, j’adresse mes félicitations et mes encouragements républicains dans l’exercice de leurs nouvelles responsabilités. Qu’ils soient assurés de ma disponibilité et de mon écoute. La Région a toujours travaillé dans cet esprit, elle continuera de le faire.

De ces élections, qui ont naturellement une dimension régionale,  découlent quelques satisfactions et surtout deux grandes inquiétudes. Les satisfactions ont été peu relayées alors qu’elles sont notables: grâce à la loi du 17 mai 2013, votée par la gauche mais pas par la droite, les minorités siégeront désormais dans les conseils municipaux des communes de plus de 1 000 habitants ainsi qu’au sein des instances intercommunales. C’est positif pour notre démocratie. Dans le même temps, toujours grâce à la loi du 17 mai 2013, pas moins de 16 000 nouvelles femmes conseillères municipales ont été élues, faisant ainsi progresser la féminisation de plus de 20%. Même si beaucoup reste à faire, il s’agit là encore d’un progrès démocratique. Enfin, les conseillers communautaires ont été élus au suffrage universel direct, par fléchage. C’est la première fois et cela va dans le bon sens.

Satisfactions, donc. Mais surtout inquiétudes. Deux inquiétudes qui, je le souhaite, doivent être partagées par tous les républicains. La première se nomme l’abstention. Elle s’est élevée à près de 38%. Dans certaines communes, notamment Le Havre, elle était de plus de 50%. C’est un triste record dans l’histoire de la Ve République. Le précédent date de 2008. L’abstention atteint un niveau inégalé, en particulier chez les jeunes, et elle progresse depuis de très, de trop nombreuses années. Personne, ni à gauche, ni à droite, ne peut s’exonérer de sa part de responsabilité dans cette situation. Elle doit tous nous inviter à la prudence et à la modestie dans l’analyse des résultats.

La seconde inquiétude concerne la montée de l’extrême droite. Là encore, elle ne date pas d’hier. Ceux qui voudraient nous expliquer que le Parti socialiste en est le seul responsable oublient un peu rapidement les 17,90% de Marine Le Pen au premier tour des dernières élections présidentielles, le débat sur l’identité nationale, les discours de Grenoble et de Dakar, la circulaire Guéant et la dangereuse ambiguïté qu’entretiennent toujours certains responsables et courants de l’UMP –pas tous heureusement- vis-à-vis du FN.

Abstention record, extrême droite qui perce, et -appelons un chat un chat- défaite sans appel de toute la gauche : le vote des 23 et 30 mars est d’abord un vote d’impatience, d’inquiétude, de colère aussi. Nous devons faire plus vite, plus loin, plus fort, plus efficace, et toujours en gérant sérieusement l’argent public. Plus vite dans le redressement des comptes publics, que la droite a laissés dériver. Plus loin dans la justice sociale et les services publics, que la droite a cassés. Plus fort dans la transition énergétique, le réarmement de notre appareil productif et de notre industrie que la droite a abandonnée. Plus efficace dans la lutte contre le chômage, priorité des priorités, chômage que la droite n’a pas su, en dix ans, endiguer.

Le message que nous ont adressé nos concitoyens est clair. Nous devons pleinement le prendre en compte, au plan national mais aussi au plan local. Nous devons entendre et agir. Au plan national, un nouveau Premier ministre et son Gouvernement ont été nommés. Plutôt que d’instruire des procès d’intention, j’invite chacun à attendre le discours de politique générale, qui sera prononcé demain, pour se faire une opinion.

Mais nous devons aussi entendre et agir au plan local. Cela commence par notre façon d’exercer nos responsabilités publiques. Cela commence par siéger toute la durée de la séance plénière –chers collègues, un petit effort, il n’y en a que quatre par an ! Je regrette une fois de plus que tant d’élus régionaux, notamment à droite et à l’extrême droite, n’aient même pas pris la peine d’assister aux réunions des commissions.

Entendre et agir, cela passe par l’application du non-cumul des mandats, dont la droite a refusé de voter la loi. C’est dans cet esprit et au-delà des obligations légales qu’élu municipal à Rouen, je ne serai, comme je m’y étais engagé, ni adjoint au maire, ni conseiller délégué, ni conseiller communautaire de la CREA.

Entendre et agir, cela passe par une meilleure information et une plus grande concertation avec les Haut-Normands. C’est la raison pour laquelle je vais quotidiennement sur le terrain, dans les entreprises, les associations, les lycées, dans l’Eure et en Seine-Maritime. C’est la raison pour laquelle j’invite désormais à chaque séance plénière des jeunes de nos lycées, Edmond Labbé à Barentin en décembre dernier, aujourd’hui Georges Baptiste à Canteleu, classé deuxième lycée sur 2248 au palmarès national de l’Express et de l’Etudiant. C’est la raison pour laquelle je tiens des réunions publiques pour expliquer les politiques régionales que porte notre majorité rassemblée –oui rassemblée car chers collègues, la gauche n’est jamais aussi forte, la gauche n’est jamais autant la gauche que lorsqu’elle est rassemblée.

***

Entendre et agir, c’est dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit. C’était la marque d’Alain Le Vern, je l’ai faite mienne. Avec le souci permanent d’une gestion extrêmement sérieuse de l’argent public, préservant notre double rang de région la mieux gérée de France et de premier investisseur public local.

Après six mois de présidence, de nombreuses politiques ont été lancées, poursuivies ou menées à leur terme:

La simplification des aides aux entreprises, par des outils mis en commun avec la banque publique d’investissement, bras armé régional qui a injecté plus de 300 millions d’Euros dans plus de 2000 entreprises Haut-Normandes en 2013.

L’amplification de la transition énergétique, avec la mise en œuvre d’un outil de tiers financement ainsi qu’une étude sur notre potentiel en matière d’Energies Marines Renouvelables. J’irai d’ailleurs soutenir nos entreprises au salon des Energies Marines à Cherbourg dès mercredi. Le dispositif du Chèque Energies a été étendu. Avec de nombreux parlementaires et élus locaux nous sommes intervenus pour soutenir le projet WIN et demander l’attribution rapide du parc éolien offshore du Tréport, bloqué par la droite et relancé par la gauche. Au chapitre de la formation, nous avons obtenu le label « Campus des Métiers et des Qualifications » dans le domaine des énergies, le premier en son genre. C’est une pierre de plus dans l’édifice que nous bâtissons pour faire de la Haute-Normandie, c’est mon ambition, l’une des premières Eco-Régions de France.

Des avancées majeures ont également été confirmées sur les grands dossiers stratégiques. La Ligne Nouvelle Paris Normandie, le contournement de Rouen, la ligne Serqueux Gisors sont désormais des priorités nationales. Sur la LNPN, j’ai obtenu que mes collègues de Basse-Normandie et d’Ile-de-France s’engagent financièrement pour apporter leur soutien aux études et aux premiers travaux, j’y reviendrai.

Avec mes homologues des Départements, nous nous sommes réunis afin de conforter l’action décisive du 276 en faveur des territoires. Nous avons arrêté le principe d’une nouvelle génération de contrats, ciblés autour de quelques priorités clairement identifiées, qui contribueront à assurer à tous les Haut-Normands un accès à des services publics de proximité et de qualité dans les territoires. La concertation est en cours dans l’Eure et le sera très prochainement en Seine-Maritime. Avec la future métropole rouennaise, la démarche de simplification du ‘qui fait quoi’, notamment en matière économique, est d’ores et déjà lancée.

Enfin, j’ai souhaité mettre rapidement en place une politique de rayonnement et d’attractivité. Je suis allé soutenir nos entreprises sur les salons, à Francfort, à Barcelone. J’ai rencontré plusieurs investisseurs et ambassadeurs étrangers (Japonais, Brésiliens, Sud-Africains, Chinois, bientôt Allemands) pour valoriser nos atouts et nos savoir-faire. Notre action autour des grands événements (l’Armada, Normandie Impressionniste, les concerts gratuits de la Région) ou des grands équipements (l’Opéra) a été renforcée. Et je serai dès demain à Paris pour vendre la destination touristique Haut-Normande.

***

Mes chers collègues, entendre et agir, c’est aller plus loin, plus vite, plus fort dans nos priorités : l’emploi ; la formation ; la transition énergétique ; les grandes infrastructures ; les services publics ; le rayonnement de notre région. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité que cette séance plénière illustre à la fois nos priorités et la prise en compte du message que nous ont adressé nos concitoyens il y a une semaine :

L’emploi, en particulier celui des jeunes, est notre priorité numéro un. La mobilisation de notre collectivité est totale. Depuis quelques mois le chômage recule légèrement en Haute-Normandie, à contre-courant de la tendance nationale. Mais il est toujours trop élevé. Il faut aller plus loin. Pour accentuer le recul du chômage des jeunes, en baisse de 1,6% depuis un an, un dispositif d’aide à la mobilité vous est proposé. Ce « Pass Région mobilité-emploi », destiné aux jeunes en Emploi d’Avenir et en Contrats d’Accès à la Qualification, permettra de financer jusqu’à 50% du permis de conduire et des transports en commun. Emploi rime souvent avec mobilité. La Région doit agir sur les deux leviers.

Pour amplifier le travail mené en matière de formation, nous accompagnerons le vaste plan initié par le gouvernement en finançant des places supplémentaires pour les métiers dits « en tension ». Là aussi c’est du concret utile.

Au titre de la transition énergétique, nous allons nous prononcer sur un programme ambitieux d’aides en faveur de l’électro-mobilité. Il permettra d’agir sur les infrastructures de recharge et sur l’acquisition de véhicules par les particuliers, les entreprises, les associations, les lycées et les collectivités. C’est autant une affaire de transition énergétique que de ‘Made in France’ ou ‘Made in Haute-Normandie’, quand on sait où sont produits les moteurs 100% électriques français.

Dans un autre secteur stratégique, celui du numérique, la Région est aussi à l’impulsion en posant aujourd’hui les bases d’une nouvelle filière d’avenir. L’objectif est de fédérer les entreprises, les laboratoires, les établissements pour les inciter à développer des projets communs. Nous l’avons fait dans d’autres secteurs industriels et nous avons été pionniers en France. Je vous propose de rester à l’avant-garde.

En matière d’infrastructures, je vous propose de voter dès aujourd’hui la participation régionale au financement des études nécessaires pour la LNPN, ainsi que des mesures conservatoires –c’est-à-dire les premiers travaux- liées au prolongement d’EOLE qui permettra la réalisation d’une quatrième voie nécessaire à notre projet. Sur ce dossier majeur où la Région est si j’ose dire locomotive, comme sur celui de la vallée de la Seine, les collectivités et la société civile avancent main dans la main, les résultats sont là.

Enfin, nous nous prononcerons aujourd’hui sur les orientations stratégiques des Fonds européens FEDER, FEADER et FEAMP, dont pour une large part les régions deviennent autorités de gestion. Il s’agit d’une décision importante pour laquelle je salue l’engagement tenu du Président de la République. Je tiens à remercier les services de la Région pour le travail remarquable qu’ils ont fourni en un temps record. Nos collègues Dominique Gambier et Claude Taleb ne manqueront pas de rappeler tout à l’heure l’ampleur des enjeux sur ce dossier. L’Europe, pas l’Europe libérale que dirige la droite depuis tant d’années, mais l’Europe réorientée, l’Europe de la solidarité, l’Europe de la protection, l’Europe du progrès social, est aussi une réponse, une réponse majeure aux attentes exprimées les 23 et 30 mars derniers.

***

Mes chers collègues,

Quand plus d’un électeur sur trois, et parfois plus d’un électeur sur deux, ne s’est pas déplacé pour choisir son maire, aucun républicain honnête, aucun amoureux de notre démocratie ne peut décemment crier victoire. Entendre le message de nos concitoyens, c’est agir, plus loin, plus fort, plus vite, pour l’emploi, la formation, les services publics, les grandes infrastructures, le rayonnement et l’attractivité de notre région. Entendre et agir, c’est ce que je vous propose aujourd’hui.

Je vous remercie.

Soyez le premier à commenter cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sur le même thème, lire aussi :

"Le Président de Région doit écouter et rassembler tous les Normands; en Normandie, on peut se
Le par
Même s'il faut évidemment rester encore prudent, car le chemin jusqu'à l'activité pérenne et aux emplois durables est encore
Le par

Les derniers contenus multimédias