« Faire de la Haute-Normandie la première Eco-Région de France »: entretien à Paris-Normandie

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(c) David Morganti

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Entretien du 15 octobre 2013

Lors de votre élection au poste de président de la Région, quel était votre état d’esprit ?
Nicolas Mayer-Rossignol :« J’ai été pris par le sentiment des responsabilités. Nous sommes dans une situation difficile pour la France, la Haute-Normandie et ses habitants. Je mesure donc l’importance des enjeux, l’exigence et les attentes, mais aussi la nécessité de se mettre tout de suite au travail ».

Il n’y a pas eu d’autres candidats, ni du Front de gauche ni d’Europe Ecologie-Les Verts. Quels sont les termes de vos accords ?
Nicolas Mayer-Rossignol :« Les termes sont ceux de la majorité régionale de 2010. Nous sommes en cours de mandat. La majorité a été définie entre les deux tours, en mars 2010. C’est ce contrat qui nous lie au point de vue politique. Les conditions de la majorité doivent être remplies, rien de plus, rien de moins ».

Elles avaient été un peu rompues ces derniers mois.
Nicolas Mayer-Rossignol : « C’est ce qui avait d’ailleurs conduit à la décision d’Alain Le Vern [de retirer des délégations à deux vice-présidents du Front de gauche, N.D.L.R.]. C’était une décision logique par rapport à notre contrat. Il faut maintenant se tourner vers l’avenir ».

« La région ne peut pas tout mais elle peut beaucoup »

Que s’est-il passé ces dernières semaines alors ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « J’ai discuté avec tous les partenaires de la majorité. J’ai reçu le Front de gauche, les écologistes, les radicaux de gauche… Je l’ai dit, je veux être un président de l’intérêt général et un président du rassemblement de toute la gauche, sur des bases normales. Ils ont des vice-présidences et sont membres de la Commission permanente. C’est l’ouverture de mon côté. Je dis que je suis un président de rassemblement et je le prouve avec des actes. Il faut que les conditions du contrat soient respectées. Par exemple, un partenaire, quel qu’il soit, qui ne respecterait pas la solidarité de gestion sur le budget serait hors de la majorité. De la même manière qu’un partenaire qui n’aurait pas voté pour moi n’aurait pas pu être considéré comme étant dans la majorité ».

En quoi le budget 2014 portera-t-il votre marque de fabrique ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « Comme Alain Le Vern, j’ai été élu sur un contrat. C’est respecter la démocratie et les Haut-Normands que d’essayer, modestement, de mettre en œuvre ce contrat jusqu’au bout de la mandature. La base, pour ce budget, c’est ce contrat. Et il y a beaucoup de choses : les grands investissements, l’appui aux énergies – une des orientations stratégiques de la Région est l’enjeu des énergies – avec une constante : le souci d’une gestion extrêmement sérieuse de l’argent public. C’est respecter les Hauts-Normands que de gérer absolument sérieusement l’argent public. Cela n’empêche pas l’ambition, c’est même une condition de l’ambition. Si vous ne gérez pas sérieusement l’argent public, vous n’avez plus de marges de manœuvres et donc plus d’ambition ».

La Région a-t-elle de l’argent disponible ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « La Région ne peut pas tout mais elle peut beaucoup dans certains domaines. Je ne suis pas partisan d’une Région qui ferait tout sur tout. Je suis partisan d’une Région qui fait bien ce qu’elle peut et doit faire. La Région, c’est du quotidien (les transports, les lycées, le soutien à l’économie…) et, en même temps, la préparation de l’avenir avec les filières et les grands investissements, les grands projets pour le territoire comme l’éolien, les énergies et la volonté de faire de la Haute-Normandie la première éco-Région de France ».

À propos d’énergie, la durée de vie des centrales nucléaires devrait être prolongée de dix ans.Comment prenez-vous cette information ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « Les décisions prises en matière de politique énergétique sont prises au niveau national. Ce n’est pas le président de Région qui décide. En revanche, quand ces décisions sont prises, et quelle que soit la majorité nationale, c’est la responsabilité des élus locaux, en particulier pour les énergies, de faire en sorte que ce soit bon pour le territoire. Concrètement, une augmentation de la durée de vie des centrales, à niveau égal de sûreté, cela voudrait dire que nous allons avoir des enjeux de formation, de sous-traitance. Ce sont des enjeux de territoire. C’est la raison pour laquelle nous avons des formations sur la maintenance du nucléaire dans la région, pour laquelle nous soutenons le projet Génésis qui est un projet de recherche sur le vieillissement des matériaux radioactifs ».

Regrettez-vous que le projet d’EPR soit mis en sommeil par le gouvernement ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « Là encore, j’essaie d’être pragmatique. Des décisions sont prises au plan national (conformément aux engagements pris lors de l’élection présidentielle) et, une fois qu’elles sont prises, elles s’appliquent. De la même manière, le gouvernement a décidé que la Ligne nouvelle Paris-Normandie serait une priorité nationale. La décision est prise et, maintenant, nous pouvons avancer ».

Dans un autre domaine, plus institutionnel : vous allez bientôt rencontrer les présidents des régions limitrophes pour poursuivre les coopérations. Que voulez-vous faire de ces coopérations ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « Il y a une boussole à suivre dans ce débat : est-ce utile pour nos concitoyens ? Par exemple, on a fait un Comité régional du tourisme commun avec la Basse-Normandie. Nous avons des grands enjeux de tourisme et nous nous rassemblons pour être plus forts ensemble. Autre exemple : nous avons un pôle de compétitivité en commun avec la région Centre – la Cosmetic Valley. Nous avons aussi des choses en commun avec la Picardie ou l’Ile-de-France avec la vallée de la Seine. Il faut raisonner projet-utilité. Le Meccano institutionnel est certainement très important dans les colloques mais ce qui intéresse les citoyens, les entreprises, les associations, c’est d’abord que l’on puisse avancer concrètement ».

La réunification de la Normandie est-elle un sujet ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « Je n’ai aucun tabou. Mais rares sont nos concitoyens qui viennent me voir pour demander la réunification. Ce qui compte, ce sont les projets mis en place. Par exemple, dans le domaine de l’économie, nous avons créé un fonds d’amorçage pour les entreprises très innovantes. Nous nous sommes rassemblés avec la Basse-Normandie, la Bretagne et les Pays de la Loire pour avoir une taille critique pour ce fonds. On raisonne projets. Je suis pragmatique et je suis un homme de terrain. Je veux des choses utiles ».

C’est la même philosophie qui va prévaloir pour l’axe Seine ?
Nicolas Mayer-Rossignol :« J’ai proposé qu’on passe des paroles aux actes. Il y a une nouvelle gouvernance et j’ai proposé que tous les acteurs se réunissent à Rouen dès novembre pour avancer sur la base d’un contrat de plan interrégional. Naturellement, cela vient en plus des contrats de plan régionaux. On sollicitera l’État pour qu’il engage ce qui est nécessaire ».

Qu’est ce que vous voulez mettre dans ce grand contrat interrégional ?
Nicolas Mayer-Rossignol :« On connaît les grands projets. L’analyse et le diagnostic ont été faits. Ce qui saute aux yeux, c’est le développement économique, la maîtrise du foncier, la question des grandes filières industrielles, du tourisme et de la culture où nous avons des enjeux très forts que je souhaite développer. Nous avons aussi des enjeux sur la recherche et l’innovation, l’aménagement numérique du territoire. Ce qu’il faut, c’est avancer concrètement ».

Vous avez le sentiment que du temps a été perdu ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « Non, pas depuis la nouvelle gouvernance mise en place au début de l’été. Franchement, le Commissaire Rufenacht avait fait un rapport, le énième sur le sujet, qui était totalement irréaliste. Cela s’appelle une liste au père Noël. Moi, je ne veux pas une liste au père Noël, je veux des projets utiles et des réalisations ».

En matière d’industrie, êtes-vous favorable au projet de filière de déconstruction automobile à Sandouville ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « Oui, c’est une très bonne initiative portée notamment par certains représentants syndicaux et par mon amie, la députée Estelle Grelier ».

Autre dossier industriel dans la région, Petroplus. Partagez-vous le constat de l’État qui répète qu’il n’y a pas de repreneur et qu’il faut passer à autre chose désormais ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « Il y a eu un jugement du tribunal de commerce de Rouen, terrible pour tout le monde. J’ai été l’un des premiers à avoir reçu l’intersyndicale en octobre 2011 avant l’annonce de la mise en faillite de la société. La responsabilité des collectivités aujourd’hui, au premier rang desquels la Crea, est de faire en sorte que le site puisse être valorisé au mieux dans le cadre d’un projet industriel. Une décision a été prise, il faut en prendre acte. C’est aussi respecter les salariés parce que si l’on reste dans l’ambiguïté sur l’avenir d’un site comme celui-ci, on met en péril les perspectives de redressement industriel ».

Vous allez renégocier le contrat avec la SNCF. Quelles seront vos exigences ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « La Région porte, avec la SNCF, le service public. Nous voulons un service public de qualité avec de la ponctualité, de l’intermodalité, du confort et le coût le plus faible pour le contribuable ».

Pour le transport, Alain Le Vern avait initié le grand aéroport de Deauville-Normandie ; Êtes-vous sur la même stratégie ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « Oui et il est en plein développement. Nous avons des perspectives importantes. La localisation à Deauville est une bonne décision et cela permet de minimiser le coût pour les contribuables ».

Dans la loi de décentralisation, un poids important sera donné aux futures métropoles. Alain Le Vern n’avait pas caché ses craintes de voir les métropoles prendre trop de pouvoirs en matière d’économie. Faut-il en avoir peur ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « Mon point de vue est très simple : une Région forte a besoin d’une métropole forte et une métropole forte a besoin d’une Région forte. Je ne nie pas qu’il y aura des discussions franches mais je suis confiant sur notre capacité à trouver un modus vivendi ».

Quelles autres compétences la Région pourrait-elle obtenir ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « On ne peut pas s’occuper de tout. Il y a des sujets néanmoins où le niveau régional est le niveau pertinent : par exemple les transports, l’orientation et l’information pour les jeunes, ou encore le numérique qui est un sujet discuté en ce moment ».

Sur le Transmanche, la Région fera-t-elle partie du prochain tour de table financier ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « Le dossier du transmanche est un dossier qui ne relève pas, aujourd’hui, de la compétence régionale. Mais le terminal du transmanche est un investissement de 10 M€ de la Région. Sur le transmanche lui-même, ce n’est pas une prérogative régionale. Il est porté par le conseil général. Il y a une DSP [Délégation de service public], à laquelle la Région n’a pas été associée et c’est normal. Nous n’avons donc pas été sollicités sur un éventuel financement ».

Vous êtes très attendu sur ce dossier au conseil général et à Dieppe ?
Nicolas Mayer-Rossignol : « Je comprends mais je dis : est-ce que la Région a agi pour le transmanche ? La réponse est oui à une hauteur très importante : 10 M€ ! Est-ce que la Région fait partie, juridiquement, politiquement, concrètement du tour de table sur le fonctionnement du transmanche ? Aujourd’hui la réponse est non ».

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